Chanoines réguliers de Prémontré
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Oct
Écrit par f. Samuel

XVè dimanche du T.O. – 11 juillet 2021

C’est dur de suivre Jésus. Cela ne doit pas être donné à tout le monde ! Il faut certainement faire partir d’une élite pour être un vrai missionnaire ; c’est réservé aux prêtres ou aux consacrés !

Suivre Jésus c’est exigeant, oui, c’est tout à fait vrai. Mettre nos pas dans ceux du Christ n’est pas aussi simple que pourraient le croire quelques observateurs extérieurs à notre Eglise. Les disciples le découvrent, pour devenir les apôtres du Seigneur Jésus, il y a des conditions. 

Mais il ne s’agit pas d’une ascèse sévère et austère. Bien que… partir sans argent, sans nourriture, sans chaussure ni vêtement de rechange… pour beaucoup d’entre nous (moi y-compris) nous penserons que c’est un peu de la folie. Remarquez que ceux qui reviennent de ces fameux “goums“ (pèlerinages à pied où l’on emporte justement très très peu avec soi), témoignent toujours de leur joie spirituelle plus que de leur difficultés matérielles.

Toujours est-il que nos chers disciples sont envoyés en mission avec comme seul bagage en plus de leur bâton, la Bonne Nouvelle. Cette invitation au dépouillement que leur fait Jésus, a probablement pour but de les vider d’eux-mêmes. Donc, même les bonnes intentions initiales, ces a priori qu’ils pourraient emporter avec eux, seront laissés. Ainsi, toutes les rencontres que feront les apôtres, seront vécues en vérité et liberté.

Notez la touche d’humour, selon moi du moins, de l’évangile : « Quand vous aurez trouvez l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ ». Euh… oui, jusqu’à preuve du contraire, en effet jusqu’à ce qu’on parte de quelque part, c’est qu’on y est resté !

Ce propos de Jésus indique quelque chose d’intéressant. Les apôtres vont trouver l’hospitalité. Sur leur route, des hommes et des femmes les accueilleront. Et leur unique salaire sera d’une part le gîte et le couvert, et d’autre part la guérison, voire la conversion, de ceux qui les auront écoutés.

Néanmoins, tous ne leur feront pas bon accueil. Et dans de nombreux lieux, les disciples reviendront bredouille.

Les amis de Jésus, tout comme le prophète Amos, connaissent le rejet.

Cela nous amène à mes deux autres affirmations du début : être envoyé en mission ce n’est pas donné à tout le monde. Faux. Et : il faut être entièrement consacré au Seigneur dès le début. Faux !

Regardez ce pauvre Amos. Certes, il a reçu une mission particulière. Celle de dénoncer les inégalités sociales de son temps. A son époque, toute famille devait pouvoir bénéficier d’un patrimoine inaliénable. Mais sous le règne du roi Jéroboam II, les paysans se voient obligés de vendre leur terre pour survivre. Dieu envoie donc Amos dans le pays du Nord, rappeler ses revendications vis-à-vis de son peuple. Il réclame qu’Israël, le pays du Nord, reconnaisse l’autorité divine comme étant au-dessus de celle du roi. Ce qui, évidemment, ne va pas plaire !

Aussi, quand on lui intime de quitter le pays, Amos se défend. « Moi pas prophète, moi pas fils de prophète, moi berger, et soigneur de sycomores ».

Dit autrement, Amos n’est pas issu de la “caste“ des prêtres juifs (les cohanim), ni par sa descendance ni par son métier. Dieu l’a seulement choisi, lui, alors qu’il était avec son troupeau. Nous dirions aujourd’hui qu’Amos c’est un laïc. Notez que c’est exactement comme la majorité des membres de notre Église.

Qui est donc choisi par Dieu, pour être envoyé en mission ?

Écoutons ce que disait saint Jean-Paul II : « Ensemble, baptisés, ici et ailleurs nous recevons une même mission ». Nous avons la réponse : ce sont TOUS les baptisés qui sont appelés. Vous, moi, nous tous. Et le Pape d’ajouter : « Dans l’Église, nul n’est étranger et l’Église n’est étrangère à aucun homme »[1]. Notre mission commune c’est d’être frère de tout homme. Être catholique, c’est être universel. L’Église du Christ, ce n’est pas un petit groupe de privilégiés, c’est le monde entier. Mais parmi tous les habitants de la planète, certains connaissent la Bonne Nouvelle, et d’autres pas encore. 

Ceux que Dieu choisi pour l’annoncer, comme Amos, se sont des gens ordinaires. Les prêtres ou les consacrés ne sont pas des surhommes ou des surfemmes. Moi même, comme tous mes prédécesseurs dans la vie religieuse, nous sommes démunis, bourrés de défauts et de faiblesses. Mais nous avons fait un jour un pari complètement fou : suivre Jésus quoi qu’il en coûte. Et pour que notre oui d’un jour puisse être suivi de ces oui de tous les jours, nous nous efforçons de vivre cette parole du Seigneur adressée à saint Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse »[2].

La folie d’espérer que la grâce de Dieu suffit à transformer une vie, ce n’est pas réservé à une élite.

Certains sont tout de même plus doué que d’autres pour s’exprimer, aussi je me permets de vous partager ces quelques mots d’une missionnaire remplie de zèle :

Seigneur, je voudrais être missionnaire.
Malgré ma petitesse,
je voudrais éclairer les âmes,
comme les prophètes, les docteurs,
j’ai la vocation d’être Apôtre…

Je voudrais parcourir la Terre,
prêcher ton nom
mais ô mon Bien-Aimé,
une seule mission ne me suffit pas

Je voudrais être missionnaire
non seulement pendant quelques années,
mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde
et l’être jusqu’à la consommation des siècles.[3]

Suivre Jésus c’est exigeant, mais c’est possible. Et pour prendre la route avec plus d’assurance, le Seigneur nous donne une nourriture extra-ordinaire. Il se donne lui-même dans le pain et le vin consacrés.

Que chacun de nous, en particulier celle qui le recevra pour la 1ère fois en ce jour, (que chacun) y trouve la force de répondre : « me voici, Seigneur, envoie-moi ».


[1] Message pour la Journée des migrants, 1996 

[2] 2 Co 12, 9a

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Seigneur je voudrais être missionnaire