Chanoines réguliers de Prémontré
6
Oct
S. Bruno, prêtre
Écrit par f. Maximilien

XIXè Dimanche du T.O – 7 août 2022

« Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ». Voilà le genre de sentences pleines de sagesse, que de multiples philosophes ou des auteurs prolifiques pourraient reprendre à leur compte. Par exemple, l’auteur britannique de la célèbre saga Harry Potter a repris cette citation pour la confier à son personnage imaginaire Albus Dumbledore. Le vieux directeur de l’école de sorcellerie a fait inscrire cette phrase sur la tombe de sa mère. Mais notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ n’est pas un de ces philosophes ou un de ces auteurs à l’imagination débordante ! Tâchons de comprendre, comme chrétiens, ce que cette phrase signifie. « Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ». En faisant résonner la Parole de Dieu, en cherchant les échos de cette phrase dans les Saintes Écritures, nous recevrons une leçon pour notre vie chrétienne, pour transfigurer nos affections et nos amours humains. Aujourd’hui, apprenons à aimer comme Dieu aime.

« Là où est votre trésor ».

Dans la Bible, le mot « trésor » recouvre des réalités diverses, mais toutes reliées par une seule et même personne : le Christ. Ainsi, le roi Salomon, à qui on attribue le livre de la Sagesse, nous enseigne que la sagesse est « pour les hommes un trésor inépuisable, ceux qui l’acquièrent gagnent l’amitié de Dieu » (Sg 7, 14). Pour le prophète Isaïe, la sagesse, la connaissance et la crainte de Dieu sont est un trésor donné par Lui (Is 33, 6). Pour ces livres de l’Ancien Testament, le trésor est d’abord un don de Dieu.

Mais on peut aller plus loin, car, pour d’autres livres bibliques, le trésor est la personne pauvre vers qui l’on se tourne. Écoutez le père de Tobie lui dire : « Quand tu fais l’aumône, mon fils, n’aie aucun doute : tu te constitues un beau trésor pour les jours de détresse » (Tb 4, 8). Nous disions que le trésor est un don de Dieu ; maintenant, nous disons aussi que le trésor est le fait de se tourner vers l’autre au nom de Dieu. Écoutez encore le Siracide : « Celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor » (Si 3, 4).

Le trésor dont parle Jésus dans cette page d’évangile est riche de toutes ces harmoniques bibliques. Le trésor est sagesse et connaissance de Dieu ; il est don de Dieu ; il est ce par quoi nous nous tournons vers les autres, par amour de Dieu. Vous l’aurez compris, chers frères et sœurs… Ce trésor, c’est le Christ ! Il est la Sagesse de Dieu, Il est Celui qui nous révèle le Père, Il est don de Dieu ; Il est Celui qui nous demande d’aimer notre prochain comme nous-mêmes ; Il est Celui au nom de qui nous cherchons à aimer mieux Dieu, le prochain et nous-mêmes.

« Là aussi sera ton cœur »

Après avoir parlé du trésor, parlons du cœur. Et posons-nous la question : qu’est-ce que le cœur ? Certes, le cœur est le muscle de notre corps qui permet la vie. Certes, le cœur est aussi métaphoriquement le lieu de l’amour. Mais, grâce à la Bible, nous découvrons que le cœur recouvre une réalité bien plus profonde. Le cœur est le lieu le plus intime, le plus au-dedans de l’homme. « Le cœur est la demeure où je suis, où j’habite (selon l’expression biblique : où je “descends”). Il est notre centre caché, insaisissable par notre raison et par autrui ; seul l’Esprit de Dieu peut le sonder et le connaître. Il est le lieu de la décision. Il est le lieu de la vérité, là où nous choisissons la vie ou la mort. Il est le lieu de la rencontre [avec Dieu]. Il est le lieu de l’Alliance » (Catéchisme de l’Église Catholique, n°2563). Le cœur humain est le lieu au plus intime de moi-même, où habite l’Esprit Saint, où j’entre en dialogue vrai avec Dieu. Le cœur est le lieu où Dieu habite.

« Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur »

Pour l’auteur de la saga Harry Potter, cette phrase a un sens très humain. Le trésor de Dumbledore, c’est sa mère et l’amour qu’il lui porte. Et il est probable que beaucoup d’entre nous ici pensent comme lui. Les trésors de leurs vies sont leurs enfants ; peut-être même certains pensent-ils encore, après plusieurs années de mariage, que le plus grand trésor de leur vie est leur épouse ou leur mari ! J’espère que mes frères pensent de moi que je suis pour eux un trésor, comme il m’arrive de penser cela d’eux. Toutes ces attaches humaines sont à prendre au sérieux. Le grand saint Augustin, dans la Règle que nous suivons mais dans laquelle, chers frères et sœurs, vous pouvez trouver un enseignement pour votre vie dans le monde, écrit : « l’amour entre vous ne doit pas être de cette terre, mais venir du Saint-Esprit ». Hors de moi de compter pour rien nos affections humaines. Mais, à la lumière de l’Évangile de ce jour, donnons à l’amour de nos cœurs une grandeur, une hauteur et une profondeur nouvelles… celles de Dieu ! Comme chrétiens, notre amour humain est transfiguré par l’amour du Christ. Notre plus grand trésor est la présence de Dieu en nous. Présence du Christ qui se donne ; présence de l’Esprit qui vivifie. Présence du Christ qui est aimé du Père, qui nous apprend à aimer ; présence de l’Esprit qui est l’Amour même du Père et du Fils. Le chemin de sainteté chrétienne est celui-là : aimer comme Dieu aime. Aimer ses enfants de l’amour même de Dieu ; aimer son conjoint de l’amour même de Dieu ; aimer son frère parce qu’il est un don de Dieu. Nos enfants, nos époux, nos parents, nos frères… nous apprennent à aimer de l’amour même de Dieu. Notre trésor, c’est le Christ ; notre cœur, c’est le lieu de notre amour. Dans nos cœurs, là où nous mettons l’amour de nos proches, cherchons-y le Christ. Et aimons ceux que nous aimons comme nous voulons aimer le Christ. Voilà le plus sûr chemin de la sainteté véritable.