Chanoines réguliers de Prémontré
30
Juil
Écrit par f. Samuel

IIe Dimanche de Pâques – 11 avril 2021

Vous prendrez bien une petite infusion ?

Jésus aurait pu dire cela en entrant ce jour-là dans la maison des disciples. Ah mais non, pardon ce n’est pas l’heure du thé ou de l’infusion ; c’est l’heure d’une effusion ! L’effusion de l’Esprit-Saint.


Vous aurez compris que c’est la phrase suivante qui a attiré mon attention aujourd’hui : « il souffla sur eux, et leur dit : recevez l’Esprit-Saint ».

Ils sont dix présents. Thomas est absent, on nous le dit dans la 2e partie, et Judas Iscariote n’est plus.

A propos de Thomas, dont je ne commenterai pas la réaction, notons seulement que ce qu’il réclame (et obtient) ce n’est rien moins que ce dont les 10 autres ont bénéficié : voir les marques sur le corps ressuscité. A ceci près que Thomas va toucher Jésus, ce que les autres – a priori – n’ont pas fait. Et nous connaissons la suite : Jésus invite désormais chacun de nous à croire sans chercher à voir. C’est l’appel de la foi en la parole. Parole de Jésus qui dit « c’est moi », et par suite, parole des apôtres qui proclameront le mystère de la foi, jusqu’à nous aujourd’hui.

            Une effusion d’Esprit Saint, nous disions. Serions-nous déjà à la Pentecôte ? Non bien sur. L’évangéliste ne se mélange pas les pinceaux. Ce qu’il raconte est judicieux si l’on y pense.

Les 10 (plus Thomas) sont enfermés, ils ont peur. Un texte apocryphe (L’évangile de Pierre) nous dit en effet : « j’étais dans l’affliction avec mes compagnons, et blessés en nos cœurs, nous restions cachés, car nous étions recherchés… ». Impossible donc pour ces hommes de faire quoi que soit d’apostolique dans cet état. Il fallait leur redonner foi et espérance. Ils avaient un besoin urgent d’être recréés et dynamisés.

C’est Jésus, le ressuscité, qui va redonner vie aux disciples, pour en faire des apôtres. Il souffla sur eux. En grec, le mot exact est celui qui nous a donné : une effusion. On comprend que Jésus envoie l’Esprit Saint, pour qu’ils en reçoivent la force, et c’est bien de cela qu’il s’agit. Mais plus encore, ce mot grec, ne se retrouve qu’une fois dans la Bible. C’est dans la version grecque (logique !) de l’Ancien Testament – qu’on appelle la Septante – [pour en savoir plus, je vous invite à vous inscrire aux cours d’initiation à la Bible à l’INSR de Caen]. Le mot souffla (enphusisèn) ne se trouve qu’en Gn 2,7. Quand Dieu créé l’Adam, il n’est que terre, puis il souffla son Esprit de vie en lui, et il devint un être vivant.

Je trouve formidable, que ce que fait Jésus pour ses disciples, c’est ce que Dieu fait lors de l’acte de Création d’Adam !

Saint Paul a ces mots qui synthétisent : « Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie »[1]. Cette effusion permet aux disciples de renaître à la vie, celle de Dieu. C’est presque comme un baptême qui fait devenir enfant de Dieu.

Notons d’ailleurs, que chez l’évangéliste Jean, la mission que Jésus donne à ces apôtres n’est pas celle de baptiser au nom du P et du F et du SE… mais de remettre les péchés. Le baptême tout comme la rémission des péchés, sont ce que nous nommons aujourd’hui, des sacrements. Des signes visibles, efficaces de la présence de Dieu qui nous communique sa grâce.

            Peut-être aurez-vous remarqué quelque chose d’autre dans ce passage d’évangile !? Avant de procéder à l’effusion en question. Jésus vient par surprise, et ils n’ont pas l’air apeurés, comme le note saint Luc. Ni Marc ni Matthieu n’en font mention eux. Mais ici saint Jean indique que Jésus leur dit, à deux reprises : la paix sur vous. Cette parole nous la reprenons habituellement dans le dialogue liturgique, lorsqu’un évêque préside notre assemblée. « La paix soit avec vous / et avec votre esprit ». L’évêque est un descendant apostolique, aussi est-ce bien normal si nous réitérons avec lui, ce dialogue que Jésus a eu avec les 1ers apôtres.

Or que ce passe-t-il entre les deux affirmations de paix donnée par le Seigneur ? Les disciples, nous dit l’évangile, furent remplis de joie. Cela rend très mal l’expression du grec (oui, encore lui !). Remplis de joie c’est “eucharisan“… qui ressemble ô combien à ce doux mot d’eucharistie !

Oui, les disciples vivent l’eucharistie de la présence du Seigneur au milieu d’eux.

Et parce que les disciples sont “eucharistiés“ pourrait-on dire, et qu’ils sont remplis de l’Esprit qui fait d’eux des fils de Dieu par Jésus, alors ils deviennent des apôtres de la miséricorde. Ils vont offrir le pardon des péchés.

La miséricorde, Dieu veut que nous la recevions, si nous osons nous tourner vers lui. En ce 2e dimanche de Pâques, nous célébrons tout particulièrement cette divine miséricorde.

            A chacun de nous aussi, le Seigneur demande aujourd’hui : crois-tu ? Avec Sainte Faustine, une grande apôtre de la Miséricorde, oserons-nous dire au Christ : Jesus ufam tobie (Jésus, j’ai confiance en toi) ?

Pour nourrir notre foi, notre espérance, et notre charité,  approchons-nous maintenant du banquet du Fils de l’homme. Rassasions-nous de son eucharistie. Et pour ne rien en perdre, n’oublions pas de prendre une bonne dose d’effusion de l’Esprit-Saint. Amen


[1] 1 Co 15,45