Chanoines réguliers de Prémontré
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Mars
Écrit par f. Éric

8 mars 2026 – IIIe dimanche de Carême

Nous commençons aujourd’hui la deuxième partie du Carême et nous venons d’entendre le premier des trois grands évangiles qui nous appellent à revoir la foi de notre baptême dans la perspective de la profession baptismale que nous proclamerons la nuit de Pâques.

Nous avons entendu le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine qui annonce le baptême dans l’eau et l’Esprit Saint. Dimanche prochain, il sera question du Christ comme lumière et de l’illumination des baptisés avec la guérison de l’aveugle de naissance. Enfin avant le dimanche des Rameaux, la résurrection de Lazare annoncera celle du Christ qui est la Résurrection et la vie.

Nous voilà donc au centre de notre vie chrétienne, de notre vie avec le Christ.

Dans sa rencontre avec Jésus la Samaritaine lui demande : « donne-moi de cette eau ».

Si la Samaritaine fait cette demande c’est que Jésus lui a dit qu’il pouvait lui donner de l’eau qui enlève la soif à jamais. Mais en fait, ce qu’elle veut c’est ne plus venir au Puits ; elle voudrait tout simplement avoir l’eau courante chez elle. Ça me rappelle ce que l’on voyait sur de vieux immeubles : un petit écriteau « eau et gaz à tous les étages », le summum du confort moderne ! On peut sourire devant le contraste : Jésus propose l’eau pour la vie éternelle et la Samaritaine demande le confort moderne.

Mais nous ? Quelle est notre prière de demande ? nous avons de fréquentes prières que nous lui adressons : pour nous ? pour nos proches ? pour que notre vie aille mieux ? pour la santé ? pour la réussite de tel ou tel ? peut-être même pour avoir du beau temps à un mariage ? de bonnes récoltes ? ou pour demander la paix. Avons-nous d’autres demandes que d’améliorer notre vie du quotidien ?

La question de ce dimanche est donc : comment faire la demande juste et bonne au Seigneur?

Pour cela il faut le reconnaître comme le Messie « celui qui nous fera connaître toute chose ». Il ne suffit pas de vouloir que le Seigneur soit présent à nos côtés, d’être tout proche de lui comme la femme à côté de Jésus assis sur la margelle du puits. Il faut le reconnaître c’est-à-dire croire qu’il est le Fils de Dieu. C’est la question de la foi véritable, la foi que nous redirons lors de la nuit de Pâques.

C’est ce qui a échappé au peuple hébreux dans le désert. Nous l’avons entendu dans la première lecture : après avoir connu la soif et avoir perdu foi dans le Seigneur « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? », le peuple a bu l’eau venant du rocher. Il a bénéficié du don de Dieu mais il n’a pas reconnu dans cette intervention la bonté du Seigneur. Cette action n’a pas suscité en lui la foi. C’est pourquoi ce lieu garde le nom de « querelle » et « épreuve ».

Nous avons toujours le risque de ne regarder que le résultat matériel de l’action de Dieu et d’oublier de regarder vers la source : Dieu lui-même. Nous risquons de ne pas le reconnaître comme étant celui qui est le bon pasteur, celui qui guide nos pas. Nous risquons d’oublier ses bienfaits. Reconnaître la source du don de Dieu, c’est reconnaître Dieu lui-même. C’est ce que fait progressivement la Samaritaine : quittant ses préoccupations ménagères, elle s’intéresse au Christ parce que le Christ s’intéresse à sa vie : « va, appelle ton mari » ; « tu as raison de dire que tu n’as pas de mari ». C’est ainsi qu’elle commence à reconnaître le Christ pour ce qu’il est et elle devient capable de voir ce que le Christ veut lui donner : lui donner accès à la vie éternelle.

Quand Jésus parle de la vie éternelle comme une source d’eau vive, il évoque la venue du Saint-Esprit qui nous est donné, venant de son propre cœur transpercé sur la croix d’où jaillissent de l’eau et du sang. Voilà ce que veut donner le Christ à chacun de nous. Voilà ce que nous demanderons au Seigneur, quand à la veillée Pascal nous redirons notre foi du baptême : qu’il nous donne la vie éternelle !

Alors, libérés de nos préoccupations matérielles, nous demanderons au Seigneur ce qu’il veut nous donner, nous entrerons dans sa volonté et ce qu’il veut, c’est faire la volonté du Père. Il nous dit même que c’est sa nourriture, c’est-à-dire ce qui le fait vivre. Ce qui fait vivre le Christ, c’est de se donner, de nous ouvrir son cœur qui est la source vive de la vie éternelle.

Ce dimanche, nous sommes appelés à revenir à la source de notre vie avec le Christ, à la source de notre baptême. Nous sommes appelés à vouloir ce que veut le Christ qui est de se donner à nous, son désir de nous ouvrir son cœur. Écoutons ce désir du Seigneur, écoutons ce qui est au plus profond de notre cœur, là où sont nos soifs véritables. Dans ce temps de conversion qu’est le carême, arrêtons de demander au Seigneur tout ce qui satisfait nos intérêts matériels et allons auprès de lui pour lui demander que sa volonté s’accomplisse en nous ; demandons-lui l’eau qui jaillit en source de vie éternelle. AMEN