Chanoines réguliers de Prémontré
8
Mars
Écrit par f. Norbert

1er mars 2026 – IIe dimanche de Carême

Chers frères et sœurs,

« Le 15 mars prochain, votez pour moi aux élections municipales. Je vous promets que je répondrai à tous les besoins du territoire. Avec moi comme maire de votre commune, nous réviserons le PLUi, nous protégerons les écoles, nous restaurerons la voirie, nous doterons la commune d’équipements structurants, nous veillerons à ce que la commune soit un lieu où il fait bon vivre. Avec moi comme maire, nous développerons le vivre-ensemble, nous renforcerons la solidarité intergénérationnelle, et caetera. » J’imagine que vous avez tous reçu dernièrement dans votre boîte à lettres au moins un document contenant ce type d’affirmations. En effet, nous sommes en plein dans le temps des promesses. Et tant mieux, car cela nous aide à comprendre la Parole de Dieu offerte à notre méditation en ce deuxième dimanche de carême.

Car Dieu lui-même fait une promesse. Vous l’avez entendu dans la première lecture, qui nous rapportait la grande promesse de Dieu à Abram : « Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. » Dieu n’est certes pas candidat aux élections municipales, mais il fait une promesse. La promesse d’une terre, d’une nation, d’une postérité. Seulement, nous savons que les promesses électorales finissent vite aux oubliettes. « C’est toujours pareil : ils nous promettent la lune, mais après l’élection, ils ne font pas ce qu’ils avaient promis ; ils m’ont trompé », dit-on souvent. « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent », c’est bien connu.

Alors, nous demandons des gages, nous voulons des preuves que les candidats ne nous bernent pas. Tu veux ma voix ? Prouve-moi que tu feras effectivement ce que tu me fais miroiter. Frères et sœurs, l’épisode de la transfiguration est le gage que Dieu donne qu’il va tenir sa promesse dans le Christ. Car dans la Torah, dans la Loi, la promesse faite à Abram n’a pas trouvé de réalisation : à la fin du Deutéronome, Moïse meurt en contemplant la terre promise, mais sans y poser le pied. Il est resté de l’autre côté du Jourdain. C’est seulement sous son successeur, Josué, que la terre est conquise et que la promesse divine se réalise. Retenons que la Torah, le Pentateuque, la Loi, reste ouverte sur une promesse qui est en attente de son accomplissement. C’est fondamental. Parce que justement, le Nouveau Testament est fondé sur la foi d’une pleine réalisation de la promesse à Abram, d’un accomplissement plénier de la promesse. La terre promise ? Ce n’est pas tant cette étroite bande de terre enserrée entre la Méditerranée à l’ouest, le Jourdain à l’est, le Néguev au sud et le plateau du Golan au nord. Pour les premiers chrétiens, la grande nation promise par Dieu à Abram est davantage que le territoire physique de la terre conquise par Josué, qui est d’ailleurs plus petite que la Normandie réunifiée. Pour eux, la terre promise, c’est le Règne de Dieu ; la grande nation, c’est le peuple des sauvés. Voilà, chers frères et sœurs, la compréhension rehaussée de la promesse dont nous sommes les héritiers !

Alors, il nous faut des gages, des preuves. La transfiguration, à laquelle Pierre, Jacques et Jean assistent, est l’éclat non d’abord de la gloire future mais de la gloire présente : le Père a envoyé son Fils dans le monde, pour exécuter la promesse, pour l’accomplir. « Le règne de Dieu est au milieu de vous. » En haut de la montagne, Pierre, Jacques et Jean voient le visage de Jésus « brillant comme le soleil », et ils voient ses vêtements « blancs comme la lumière. » Les trois apôtres sont éblouis par un tel éclat, ils sont aveuglés, et la voix du Père retentit à leurs oreilles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » Pierre, Jacques et Jean accèdent donc à l’identité de Jésus, le Fils de Dieu, pour tenir bon, pour comprendre, non seulement que la promesse va s’accomplir plus tard, mais qu’elle est déjà en train de s’accomplir. Avec Jésus, l’accomplissement est en marche, car il est le Fils de Dieu.

Commencé, l’accomplissement n’est cependant pas encore achevé. Car la Résurrection suppose la Passion, et c’est pourquoi Jésus invite ses trois compagnons à ne rien révéler de leur expérience sur la montagne avant la Résurrection. Pour que la promesse soit accomplie, il faut que le transfiguré soit préalablement défiguré. Pour vivre et faire vivre de la vie de Dieu, il faut qu’il offre préalablement sa propre vie, qu’il meurt. Chers frères et sœurs, nous sommes en plein dans le carême, nous nous préparons à la Pâques. La transfiguration de Jésus nous enjoint de garder les yeux fixés sur le terme, sur la Résurrection. Nos jeûnes et nos efforts de carême ne sont pas vains : Dieu tient toujours ses promesses. Tout simplement parce qu’il est Dieu. Au ciel, il n’y a plus d’élections municipales. Il n’y a plus de candidats, mais il y a les élus de Dieu ; nous n’avons plus à choisir, mais nous sommes choisis. C’est saint Paul qui le dit : « Il nous a choisis dans le Christ » (Ep 1, 4). Au ciel, nous n’aurons plus à voter, nous sommes déjà élus. Quel magnifique scrutin !