Chanoines réguliers de Prémontré
27
Nov
Ier dimanche de l'Avent
Écrit par f. Norbert

6è dimanche de Pâques – 22 mai 2022

À bien écouter les lectures de ce dimanche, nous ne savons plus où donner de la tête : tantôt ça monte et tantôt ça descend. Vous avez entendu l’Apocalypse : montés sur une colline, nous voyons Jérusalem descendre du Ciel. Vous avez entendu aussi le discours de Jésus : celui qui est descendu, qui a été envoyé par le Père, s’apprête à remonter vers lui. La montée et la descente vont donc ensemble : le mystère du Christ qui est celui de notre salut – parce que c’est de cela qu’il s’agit – est aujourd’hui raconté à la fois comme une montée et une descente, parce qu’il renoue le lien entre le Ciel et la terre. 

Il y a trois étapes : d’abord, avec Jésus ressuscité, la terre monte vers le Ciel, ensuite le Ciel descend vers la terre. Enfin, les deux s’embrassent, ils sont réunis ; c’est cela, la paix véritable. 

Le premier point que je retiens, c’est que le Christ qui est descendu va remonter auprès de son Père. Avec cette montée, le mystère pascal est complet ; avec ce retour auprès du Père, un chemin est frayé jusqu’au Ciel pour notre humanité. Mieux, ressuscité avec sa chair d’homme, le Christ conduit déjà notre chair dans la gloire. Notre chair a donc commencé d’être glorifiée, voilà ce que nous fêterons jeudi prochain, au jour de l’Ascension. Cette Ascension du Christ achève de rétablir la connexion perdue entre le Ciel et la terre ; cette Ascension du Christ termine de remettre debout l’échelle de Jacob ; cette Ascension du Christ agrandit la déchirure des cieux, advenue au baptême dans les eaux du Jourdain. 

Le deuxième point, c’est qu’une fois cette Ascension accomplie, la vraie Jérusalem est descendue du Ciel dans toute sa splendeur. Une ville magnifique, avec l’éclat du jaspe ; une ville puissante avec une muraille solide et régulière, avec douze portes qui sont le symbole de sa stabilité ; une ville qui n’a pas à se soucier de son approvisionnement en électricité, car c’est l’Agneau qui l’éclaire. Cette Jérusalem céleste, cette Ville sainte, frères et sœurs, c’est l’Église, c’est la communauté que nous formons, qui entoure son Seigneur et vient se placer à sa lumière. « Nous viendrons vers lui, et chez lui, nous nous ferons une demeure » disait Jésus à ses disciples : mais oui, à peine le Fils est-il remonté auprès de son Père que la Jérusalem sainte est descendue, fondée sur les douze portes, fondée sur ceux qui croient, fondée sur la foi des apôtres. Depuis notre baptême, nous sommes embarqués dans cette Église, nous sommes entre ses douze portes, qui délimitent le périmètre de la foi. Depuis notre baptême, nous sommes illuminés par la lumière de l’Agneau qui irradie, qui brille des mille éclats du jaspe cristallin. 

Le troisième point que je retiens, frères et sœurs, c’est que, tendus que nous nous trouvons entre la montée et la descente, attendant le parachèvement de la Rédemption, attendant la nouvelle descente du Seigneur – car s’il est monté c’est pour redescendre -, attendant la remontée de la Jérusalem céleste – car si elle est descendue, c’est pour remonter le monde auprès de Dieu -, nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes pas abandonnés à notre triste sort. Nous bénéficions au contraire du secours du Seigneur lui-même : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » Mais attention : « ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » La paix de Jésus n’est pas une paix mondaine, parce que la paix que Jésus donne, c’est lui-même : il est notre paix (Ep 2,14), notre réconciliation. Cette paix est au croisement de la montée et de la descente : elle descend pour nous aider à monter plus haut. Cette paix, nous nous la donnerons tout à l’heure, avant de nous avancer pour communier. Ce geste de paix, qui est un geste liturgique, a été grandement malmené depuis la pandémie : nous n’osons plus nous toucher, nous ne comprenons plus que ce geste témoigne de ce que nous sommes ensemble à l’intérieur des murailles de la ville sainte, qu’ensemble, dans l’Église, nous montons vers Dieu. Avant la pandémie, ce geste avait peut-être déjà perdu de sa signification : s’il sert à se congratuler, à saluer ses amis, à faire un petit signe de la main à ceux qu’on aime bien ou à faire un clin d’œil à ceux qu’on veut inviter à dîner, ou même à se donner des nouvelles, le geste de paix a franchement une portée très limitée, une signification pauvrette. C’est gentil, mais ce n’est pas la paix que Jésus donne, celle qu’il est lui-même et dont nous avons à témoigner dans le monde. Mais si le geste de paix est l’occasion de dire à celui avec qui on s’est brouillé : « nous sommes réconciliés », il signifie quelque chose de notre salut ; s’il est l’occasion de dire à celui à qui on n’adresse jamais la parole : « tu es mon frère, tu es ma sœur ; ensemble nous sommes l’Église », alors il signifie quelque chose de notre salut. Si le geste de paix est vraiment l’occasion pour l’Église d’offrir au monde un reflet du Royaume, comme le demandent actuellement certains théologiens américains, alors c’est vraiment la paix que Jésus donne, celle qu’il est lui-même. 

Tout à l’heure, au moment de vous donner la paix, frères et sœurs, pensez que vous voulez donner Jésus, qui est notre paix, celui qui descend maintenant pour demeurer en nous, afin que nous montions vers lui.