Chanoines réguliers de Prémontré
26
Mai
S. Philippe Néri, prêtre
Écrit par f. Éric

3 mai 2026 – Ve dimanche de Pâques

Le rêve des Français c’est « la maison individuelle ». Faut-il voir dans la promesse du Christ à ses disciples, au moment de son départ, la réalisation de ses, de ce rêve ? « Dans la maison de mon Père il y a de nombreuses demeures. Je pars vous préparer une place ». Cette diversité de demeures rejoint bien nos préoccupations personnelles : une place, faite pour nous, que nous pourrions choisir.

Il est bien question de demeures donc de demeurer quelque part, ou surtout de demeurer avec quelqu’un : demeurer avec le Seigneur. Cette question revient à plusieurs reprises dans l’évangile de Saint-Jean. « Maître, où demeures-tu ?  Telle est la première question posée par les deux premiers disciples à Jésus au bord du lac. Être avec le Christ, demeurer avec lui, jouir de sa présence, le suivre : c’est une réalité concrète pour les disciples.

Mais elle se joue dans 3 conditions bien différentes selon le temps. Il y a d’abord eu la présence physique du Christ. Ils ont tout quitté pour le suivre et voilà qu’il annonce son départ, c’est-à-dire sa mort prochaine. On comprend leur question : quand leur vie continuera sans lui, comment être encore avec le Christ ? C’est le deuxième moment. Aussi les disciples sont-ils bouleversés à l’idée de son absence. Enfin, et c’est le troisième moment, à la fin des temps, dans le monde divin, il y aura possibilité d’être dans la demeure du Père, c’est-à-dire demeurer avec lui.

Tant que Jésus était présent auprès de ses disciples, tout allait bien. Non seulement il enseignait, il agissait, mais il était aussi le médiateur entre les disciples et le Père. C’est lui qui ouvrait le chemin des hommes vers le Père. C’était la première situation. Vient le départ du Christ, c’est le 2e moment. C’est la situation des premières communautés chrétiennes, justement au moment où est écrit ce passage de l’évangile ; c’est aussi notre situation.

            Comment organiser notre vie quotidienne sans la présence physique du Christ ? C’est dans la perspective du 3e temps que nous trouvons un critère pour discerner justement quelle doit être notre vie sur terre. Ce que Jésus veut faire comprendre à ses disciples, c’est que l’expérience de la Croix ne va pas rompre le lien qu’il a avec eux, mais qu’il va le transformer parce qu’il y a cette perspective du retour du Christ et de la place qu’il va nous préparer auprès du Père. C’est par le don de sa vie que Jésus ouvre un nouveau chemin, une nouvelle manière d’être présent aux hommes parce qu’il leur laisse sa Parole, un commandement nouveau.

Les disciples qui ont suivi Jésus sur des chemins terrestres pour être en sa présence pour demeurer avec lui, sont appelés à le suivre au-delà de sa vie terrestre, parce que la croix relie le monde terrestre, où Jésus sera réellement crucifié, avec le monde divin ou le Père l’attend et où il nous a préparés une place pour que nous demeurions avec lui. C’est la situation du 3e moment, après notre vie terrestre, mais qui est la mesure pour vivre aujourd’hui comme le Christ.

Autrement dit, le chemin des disciples avec le Christ ne s’arrête pas avec sa mort. Il n’y a pas lieu d’être bouleversé. Jésus est le chemin qui passe par la croix, et qui ouvre les demeures du ciel, c’est-à-dire là où on pourra demeurer avec le Christ. Comme l’écrivait l’Apôtre Pierre que nous avons entendu dans la 2e lecture : « approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle ».

Les premières communautés chrétiennes l’ont compris comme un appel à continuer à vivre comme le Christ, pour être avec le Christ. Le Christ l’a dit : « si vous demeurez dans ma parole, vous êtes mes disciples ». Dans la première lecture, nous avons entendu un exemple bien concret. Nous ne sommes plus au début des actes des apôtres où une présentation de la communauté idéale nous était faite : « on mettait tout en commun ». La communauté s’est élargie ; elle s’est diversifiée, avec des croyants venant du judaïsme et d’autres venant du paganisme. La réalité, c’est que, dans la distribution des vivres, certains étaient désavantagés. Dans certaines organisations on aurait dit : « vous savez, il y a toujours des mécontents » ou « c’est encore ces râleurs qui se manifestent » ou bien « pas de revendications ». Les apôtres auraient pu répondre « nous avons des choses plus importantes à traiter : il nous faut annoncer la bonne nouvelle ». Au contraire, ils font amende honorable. Ils reconnaissent implicitement qu’ils ne peuvent plus assurer le service des tables. Aussi ils s’en remettent à la communauté, pour qu’elles choisissent (et non pas eux) 7 hommes, qui pourront assumer cette charge. L’enjeu est de suivre le double commandement du Christ: l’annonce de la Bonne Nouvelle et la réalisation de la justice pour que vive la communion au sein de l’Église, pour que l’Église vive du Christ, selon son Esprit.

            En cela les apôtres ont marché sur le chemin qu’est le Christ ; c’est là qu’ils le découvrent encore présent parmi eux en vue de son retour où il nous aura préparé une place auprès de lui. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole (c’est-à-dire qu’il agira selon ma parole) mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jean 14, 23).

            Que retenir pour nous de cet enseignement du Christ ? Tous les disciples du Christ sont appelés à le suivre. Il ne s’agit pas tant de marcher sur un chemin qu’il nous montrerait : il est lui-même le chemin qui conduit au Père. C’est en vivant selon sa parole que nous le trouverons, bien présent à nous et à notre monde. Les Actes des Apôtres nous en livrent un vivant témoignage. Ainsi nous continuerons à être avec lui, comme il l’était visiblement auprès de ses disciples jusqu’au jour où nous demeurerons avec lui dans la demeure du Père.