10 mai 2026 – VIe dimanche de Pâques
Dans les premières lignes du roman de Marcel Proust A la recherche du temps perdu, le héros voyageur est seul dans sa chambre d’hôtel. Lui qui est malade, en crise, aimerait tant que la nuit soit déjà finie et il le croit quand il aperçoit sous la porte une raie de lumière. Un espoir fou le transporte quand il songe que c’est le petit matin. Erreur : c’est une lumière artificielle qui s’éteint. Car la nuit ne fait que commencer et la souffrance pour lui va de pair. Rien ne ressemble plus alors à un début qu’une fin, car parfois les signes nous trompent et renvoient à l’une ou l’autre de ces deux limites : le début, la fin.
Alors que nous abordons le 6eme dimanche de Pâques, cela signifie que nous sommes désormais bien près de la fête de la Pentecôte qui va conclure le temps pascal. Qui va comme sonner la fin. Or pour nous il s’agit de conclure un temps sans le clore, car c’est plutôt un point d’orgue qui sera plaqué à la fin de ce temps dont les échos se poursuivront à travers tout le cycle liturgique de l’année, dans le temps dit « ordinaire », le temps dit « de l’Église », c’est à dire, plus simplement peut-être : notre temps.
Car comme le dit justement saint Pierre dans la seconde lecture, il est un évènement fondamental qui marque notre histoire et donc notre temps « le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ». Cela marque une fin comme un début. L’évènement de Pâques, l’évènement de la croix et de la résurrection scellent à tout jamais ce que nous sommes devenus, des chrétiens, des croyants. De ceux qui vivent de cette espérance d’un retour du Christ comme il nous l’a promis.
Saint Pierre d’insister « Soyez prêts à tout moment de rendre compte de l’espérance qui est en vous. ».
Pour nous, notre espérance est une personne, c’est le Seigneur Jésus que nous reconnaissons vivant et présent en nous et en nos frères, parce que le Christ est ressuscité. Par conséquent, l’espérance qui habite en nous ne peut rester cachée à l’intérieur de nous-même, dans notre cœur. Loin d’être un vague optimisme, ni une illusion ni une attente passive mélangée de doute, l’espérance chrétienne est la foi confiante et agissante en Dieu qui agit en chacun de nous
Dans un monde trop souvent privé de réelles perspectives d’avenir, il s’agit de se tenir prêts à témoigner du sens qui peut être donné à la vie, comme à la mort, de la vie à son début comme à sa fin. Témoigner sans aucune arrogance, mais avec amour, de ce même amour dont Dieu nous aime.
Cependant l’amour pour Dieu n’est pas de l’ordre du sentiment ou de l’émotion, mais de l’action. Comment aimer Dieu sinon en gardant ses commandements ?
Ses commandements quels sont-ils ? Ceux que le Christ a lui-même énoncé :
Se laver les pieds les uns aux autres
S’aimer les uns les autres
Que votre cœur ne se trouble pas, mettez votre foi en Dieu, mettez aussi votre foi en moi
Le service, l’amour et la foi, sont comme un résumé de l’évangile.
Des commandements peut être faciles à mettre en œuvre quand le Maître est là. Mais ce qui peut nous rebuter en quelque sorte ou ce qui inquiète les disciples c’est ce départ annoncé du Christ « D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus ». Or juste avant Jésus se veut rassurant en annonçant « Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. »
C’est en fin de compte une venue renouvelée du Christ auprès des siens qui est proclamée pour que chacun puisse vivre pleinement le service, l’amour et la foi.
Cette venue nouvelle, qui a la saveur d’une promesse, peut avoir le goût amer de la détresse engendrée par le départ prochain. L’orphelin n’est-il pas celui par excellence qui vit le problème de la séparation, de l’abandon, de la solitude ? Cette situation frappée du sceau de la perte est transformée par l’annonce : l’absence va se faire présence. La promesse devient positive, renforcée par la conjugaison au présent du verbe revenir, « je reviens » qui souligne l’imminence.
Il ne s’agit donc pas tant de s’accrocher à des paroles entendues ou à des gestes posés dans le passé, qu’à inventer la vie nouvelle qui s’ouvre devant nous. Notre vie, toute vie est faite de changements : le Christ ouvre cette perspective en ne nous laissant pas seuls : « je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité ». À l’époque de Jésus, l’accusé pouvait avoir à ses côtés un paraclet, qui lui soufflait à l’oreille des arguments pour se défendre lors de son procès. L’Esprit agit ainsi lui aussi : il ne prend pas notre place, ne nous impose aucune stratégie de défense, mais nous inspire de l’intérieur des pensées, des sentiments, un langage, les paroles mêmes du Christ, lui l’alpha et l’oméga, le début et la fin.
Le don de l’Esprit qu’Il nous offre fait de nous des héritiers.
Frères et sœurs comment ferez-vous fructifiez cet héritage cette semaine ?