Chanoines réguliers de Prémontré
27
Nov
Ier dimanche de l'Avent
Écrit par f. Maximilien

23 octobre 2022 – XXXè dimanche du T.O

Chers frères et sœurs, avez-vous conscience que les mots que nous utilisons dans notre prière dominicale nous situent dans la longue tradition des croyants ? Mesurez-vous combien les mots de notre prière nous inscrivent dans la longue marche des chrétiens qui prient et célèbrent depuis des siècles ? Malgré les bruissements inquiets des chantres de malheur qui dénigrent trop vite une liturgie qui serait en rupture avec la vraie foi, goûtez aujourd’hui combien les mots de la prière de l’Église nous forment, nous transforment, et, finalement, nous font rencontrer Dieu. Je pourrais vous parler ici des mots de la grande prière eucharistique, avec laquelle nous rendrons grâce à Dieu tout à l’heure. Cette prière existait déjà en partie au IVe siècle. Mais je préfère aujourd’hui vous faire goûter le nectar de la prière d’ouverture de cette messe : « Dieu éternel et tout-puissant, augmente en nous la foi, l’espérance et la charité ; et pour que nous puissions obtenir ce que tu promets, fais-nous aimer ce que tu commandes. » Il s’agit d’une prière avec les mêmes mots que ceux utilisés par les chrétiens qui nous ont précédés. Cette prière est dite en effet dans la messe latine depuis au moins le VIIIe siècle. Rendez-vous compte ! Depuis le début du Moyen Âge, chaque année, les chrétiens font monter à Dieu cette prière de supplication. Avec toute la subtilité dont elle a le secret, la liturgie a été puiser dans le trésor de la Sainte Écriture les mots qu’elle utilise ensuite pour s’adresser à Dieu. Revenons à la Parole de Dieu pour éclairer les deux demandes de notre prière d’aujourd’hui, et laissons-les habiter nos cœurs et nos esprits pour nous faire vivre en chrétiens.

« Augmente en nous la foi, l’espérance et la charité ». Dans les tout premiers versets, du tout premier chapitre, de la toute première lettre que Paul écrit, l’Apôtre des nations se réjouit de l’œuvre de Dieu dans le cœur des chrétiens de Thessalonique : « À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, écrit-il. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon » (1 Th 1, 2-3). Saint Paul reconnaît les disciples du Christ à ce que vivent en eux les trois vertus de foi, espérance et charité. Ces vertus sont des dons de Dieu. Depuis notre baptême, chacun de nous a reçu le triple don de la foi, de l’espérance et de la charité. Et Paul reconnaît les fidèles du Christ à la vitalité de cette foi, à l’ardeur de cette charité, à la ténacité de cette espérance. Par suite, l’Église a transformé l’action de grâce de saint Paul en une prière. Elle demande à Dieu que tous les baptisés, aujourd’hui encore, soient de fidèles disciples du Christ en laissant grandir en eux ces vertus, dons de Dieu. Et, pour exprimer cette demande, l’Église a, là encore, été chercher dans le trésor de la Sainte Écriture les mots mêmes de sa prière. Au chapitre 17 de l’évangile selon saint Luc, Jésus enseigne à ses disciples la nécessité du pardon. Les Apôtres, alors, se tournent vers leur maître et le prient : Maître, « augmente en nous la foi » (Lc 17, 5). À la suite des Apôtres eux-mêmes s’adressant à Jésus, et consciente du lien vivifiant entre les trois vertus théologales, l’Église s’adresse à Dieu avec ces mots : « Augmente en nous la foi, l’espérance et la charité ». Ces mots sont les nôtres aujourd’hui. En nous voyant vivre, saint Paul pourrait-il aujourd’hui encore rendre grâce à Dieu de voir notre foi active, notre charité débordante et notre espérance persévérante ? Redisons donc cette prière : « Seigneur, augmente en nous la foi, l’espérance et la charité ».

La deuxième demande de la prière de ce jour lie ensemble trois thèmes pour notre vie chrétienne : amour, obéissance, vie éternelle. « Pour que nous puissions obtenir ce que tu promets, la vie éternelle, fais-nous aimer ce que tu commandes ». Il s’agit de mettre notre amour dans la loi du Seigneur en vue d’obtenir le Royaume. Et ici, c’est le livre des psaumes qui est la source de cette prière. Pour les premiers chrétiens, le livre des Psaumes annonçait le Christ, tel un Évangile prophétique ; il est aussi la prière même du Christ ; il est également la prière de l’Église. Les psaumes donnent les mots de la prière que les chrétiens utilisent chaque jour afin d’intercéder auprès de Dieu pour l’Église et le monde, pour ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Le chant des psaumes nous fait méditer ce lien entre l’amour, l’obéissance et la vie éternelle promise. Écoutez donc comment résonne le verset 112 du psaume 118, que nous avons prié aux premières Vêpres de ce dimanche, hier soir. Avec le psalmiste, nous chantions : « Mon cœur incline à pratiquer tes commandements : c’est à jamais ma récompense ». Et c’est par l’ensemble de ce psaume que le psalmiste – et nous avec lui – médite sur l’amour qu’il met dans les commandements du Seigneur, dans l’espérance d’obtenir de Dieu la récompense promise. C’est déjà ce que priait le même psalmiste avec le psaume 1, lorsqu’il proclamait bienheureux l’homme qui « se plaît – c’est-à-dire met son amour – dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! » (Ps 1, 2). Cet homme-là est « comme un arbre dont jamais le feuillage ne meurt » (Ps 1, 3), il est promis à l’éternité de la vie en Dieu. Cette douce certitude du psalmiste, l’Église la transforme en prière : « Pour que nous puissions obtenir ce que tu promets, la vie éternelle, fais-nous aimer ce que tu commandes ».

Notre prière, imprégnée des Écritures, monte vers Dieu. Et nous croyons qu’Il y répond en nous donnant son Esprit, afin que nous acquerrions la ferme certitude du psalmiste et soyons dans la même action de grâce que l’apôtre Paul. « Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu. Cherchez le Seigneur et vous serez affermis, recherchez sans trêve sa face » (Ps 105, 3-4 ; antienne d’ouverture de la messe).9 octobre 2022 – XXVIIIè dimanche du T.O