22 février 2026 – Ier dimanche de Carême
En ce dimanche, nous commençons la première semaine du Carême après avoir ouvert ce temps de conversion avec le mercredi des Cendres.
Nous avons entendu l’Évangile des tentations de Jésus qui contraste avec le récit du péché originel. On voit que le péché c’est la perversion d’une chose bonne en un mal : la loi donnée à Adam et Eve est pervertie en mensonge par le serpent.
De même, les tentations qui atteignent le Christ vise son point sensible : non pas tant d’avoir faim ou d’être assoiffé de pouvoir mais dans son identité de Fils de Dieu et de sa mission qui ne consiste pas à tirer un profit personnel de cette identité.
Et le diable ne s’y trompe pas : par deux fois il cherche à pervertir la qualité filiale du Christ dans son rapport avec son Père. C’est ce que Jésus a enraciné en lui pendant ces 40 jours au désert : après son baptême où une voix s’est faite entendre « tu es mon fils bien-aimé ». Alors le diable ne remet pas en cause son titre de Christ ou Messie mais de Fils de Dieu
A la troisième tentation, le Tentateur, sans doute dépité, ne reprend pas cette expression mais utilise un mensonge puisqu’il promet tous les royaumes du monde et leur gloire, alors qu’il ne les possède pas. Mensonge qui fait échos à celui du serpent de la Genèse.
En résistant à ces tentations, le Christ nous donne le témoignage qu’on peut être victorieux du Tentateur afin que nous-mêmes aussi en soyons victorieux. Il nous indique aussi le moyen pour mener à bien ce combat : s’appuyer sur la Parole de Dieu. Par trois fois Jésus répond aux tentateur « il est écrit ».
Ainsi donc un seul moyen doit retenir notre attention : nous appuyer sur la Parole de Dieu
Mais cette Parole n’est pas seulement un message ou une doctrine : nous n’appartenons pas à une religion du livre mais d’une personne, le Christ lui-même, le Verbe de Dieu
Cette parole est plus qu’un message ; c’est pourquoi Jésus d’une part prêche et annonce le royaume de Dieu et en même temps il guérit, il libère les possédés, il délivre du péché, en apportant le salut aux estropiés, aux malades aux possédés, aux pécheurs. Le Christ leur permet d’accéder à l’Alliance dont ils étaient tenus à l’écart : comment un pécheur, un estropié ou un aveugle aurait-il pu accéder au Temple ?
La Parole est plus qu’un message : elle est action du salut qui donne vie, qui nous permet de résister aux tentations. Elle nous constitue dans notre humanité en raison de l’humanité du Christ.
On comprend alors le lien entre l’évangile de ce jour où le Christ nous enseigne de nous appuyer sur la Parole pour résister au Tentateur, et celui que nous avons entendu le mercredi des Cendres
Nous étions alors appelés à trois comportements, 3 comportements qui investissent tout notre corps, notre propre chair
Le plus évident, bien sûr, c’est la question du jeûne : que par notre corps nous nous tournions davantage vers Dieu.
Mais c’est aussi la question de l’aumône : il ne s’agit pas seulement de donner, mais de donner à quelqu’un. Si on ne regarde pas le pauvre, on passe à côté de l’essentiel de l’aumône.
Enfin il s’agissait de la prière : le Christ nous demande de nous retirer dans un endroit isolé « la pièce la plus retirée », « en fermant la porte » : ce sont des mouvements, des gestes qui nous mènent à une relation vraie, secrète, intime, avec le Père
Ces trois comportements sont trois manières de mettre en œuvre la Parole de Dieu, de manière concrète, corporelle même ; c’est ce que nous avons à découvrir et à redécouvrir de la place de la Parole de Dieu dans notre foi chrétienne
Si nous sommes invités en ce temps de Carême à accorder plus de temps à l’écoute de la Parole comme le rappelle le pape Léon XIV dans son message pour le Carême de cette année, c’est pour que cette parole nous éclaire sur nos comportements, sur nos pratiques de jeûne, de moments de prière. La Parole, nous disait le pape Benoit XVI, a un caractère sacramentel puisqu’elle convertit nos vies. Elle donne le sens spirituel de ce que nous faisons.
Alors, vivons ce carême en vivant dans notre chair la bonne nouvelle du Christ pour résister à la perversion du Tentateur et nous pourrons accompagner le Fils de Dieu dans son mystère pascal, offrande de son corps pour que nous ayons la vie éternelle.