19 avril 2026 – IIIe dimanche de Pâques
Titre : « La Parole de Dieu s’accomplit aujourd’hui » ; Sous-titre : « Dialogue imaginaire en 4 tirades, entre deux anonymes, qui nous ressemblent bien ».
« Il y a encore peu de temps, j’étais plein d’enthousiasme. Une vraie joie m’habitait. Non pas la joie futile de bonheurs éphémères, mais la vraie joie, la joie grave d’une espérance vivante. Avec Cléophas, mon ami, mon frère, je suivais Jésus de Nazareth. Il fallait l’entendre annoncer l’Évangile du Royaume, la Bonne Nouvelle de Dieu qui aime les hommes plus que tout ! Il fallait le voir agir : par ses paroles et ses gestes, il montrait que le Royaume est venu jusqu’à nous. Évidemment, le suivre nous obligeait à vouloir nous convertir. Sans nous en rendre vraiment compte, en suivant Jésus de Nazareth, nous sommes arrivés à Jérusalem. Ah ! Jérusalem ! La cité de Dieu ! “Ville où tout ensemble ne fait qu’un” (Ps 121). En suivant Jésus, nous sommes arrivés jusqu’à la Maison de Dieu. Avec Jésus, nous étions près de Dieu.
– Il y a encore peu de temps, moi aussi, j’étais dans la joie. Après les quarante jours du désert quadragésimal, nous avons suivi Jésus pas à pas, depuis son entrée triomphale à Jérusalem jusqu’au soir de la Cène, du jardin de Gethsémani jusqu’à l’embrasement du cierge pascal. Jamais seul, en cordée spirituelle avec toute l’Église, j’étais plein de la joie de fêter la Semaine sainte, de célébrer Pâques. Faisant mémoire de la Cène, adorant à genoux la croix glorieuse par laquelle Jésus a sauvé le monde, veillant dans la nuit pascale en méditant les œuvres merveilleuses accomplies par le Seigneur, partageant avec d’autres la joie de la résurrection, je chantais à tue-tête : “Voici le jour que fit le Seigneur, jour de fête et de joie !” (Ps 117). Mais la joie fut de courte durée. Le cours de la vie du monde a repris. Le train-train de ma vie, aussi. Quinze jours après avoir fêté Pâques, que reste-t-il ? Un patriarche, artisan de paix, empêché de célébrer la Paix dans Jérusalem, ville de paix. Un détroit, vital pour la vie du monde, fermé par un État, mis sous blocus par un autre, afin, disent-ils, d’en assurer l’ouverture pour tous. Allez comprendre ! Un chef d’État, dans une parodie hideuse et blasphématoire, se présentant comme le nouveau sauveur du monde. Elle est bien loin, la joie de Pâques ! Dans ma vie spirituelle, les combats aussi ont repris. Le combat de la paix dans la prière, celui de la joie dans ma vocation, de la dynamique de la conversion jour après jour. Comment puis-je chanter avec le psalmiste : “Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance” (Ps 15) ?
– Avec Cléophas, mon ami, mon frère, j’étais aussi atterré que toi. Et je n’ai pas attendu 15 jours ! Nous l’avons vu crucifié. Nous étions abattus. Alors nous sommes partis vers Emmaüs. Nous avons tourné le dos à la ville de la paix, nous avons fui loin de la maison de Dieu. Nous avons marché vers Emmaüs. Pourquoi ce petit village ? Sans doute parce que, comme toi, nous avons repris sans joie le cours de notre vie. Cette bourgade est le signe d’une vie loin de Dieu, mais c’est aussi le signe d’une espérance à venir. Emmaüs est un lieu-dit dont on entend parler dans le Premier livre des Martyrs d’Israël, aux chapitres 3 et 4. C’est là qu’a eu lieu une bataille. Une bataille pour la survie du Peuple de Dieu. Le Grec Antiochos, véritable Satan, voulait détruire le Peuple choisi par Dieu. Il voulait tuer la foi, réduire l’espérance à néant. “Jérusalem était déserte, de ses fils, nul n’entrait ni ne sortait, le sanctuaire était piétiné, l’étranger occupait la Citadelle, le païen s’y est installé. En Jacob les cris de joie se sont tus, le son des flûtes et des lyres s’est éteint” (1 M 3, 45). Alors le peuple de Dieu, emmené par Judas Maccabée, pria et se tourna vers son Dieu. Alors, tout Israël jeûna, ils déroulèrent le Livre de la Parole de Dieu. Le Peuple se souvint des œuvres merveilleuses que Dieu avait faites : “Souvenez-vous comment nos pères furent sauvés de la mer Rouge quand Pharaon les poursuivait avec son armée et maintenant, crions vers le Ciel” (1 M 4, 9-10). Le Peuple de Dieu offrit à Dieu le culte qui lui plaisait, celui d’un cœur converti. Puis ils se rassemblèrent, ils livrèrent bataille, et ils vainquirent. En nous dirigeant vers Emmaüs, Cléophas et moi, nous mettions nos pas dans ceux de Judas Maccabée. Ce qui s’était passé alors annonçait ce que nous étions en train de vivre. Tournant le dos à Jérusalem, à Dieu même, nous étions égarés. Mais nous avons été rejoints par Celui que tu sais. Il nous a fait nous souvenir de toute l’Écriture. Et il rompit le pain, comme un sacrifice qui plaisait à Dieu. Alors…
– Alors vous avez compris ! Judas Maccabée, en livrant bataille à Emmaüs contre Antiochos, Gorgias et Nikanor, préfigurait Jésus qui livrerait bataille contre la mort et le Satan. La bataille gagnée autrefois à Emmaüs annonçait la victoire définitive du Christ ressuscité à Jérusalem. Il était Celui qui était annoncé dans les Écritures, Celui qui offrit par sa vie le seul sacrifice qui plaisait à Dieu (He 10, 12-13). Seulement, vous n’êtes jamais arrivés à Emmaüs. Vous avez rebroussé chemin, vous êtes retournés à Jérusalem, la ville de la Paix, la cité de Dieu. Voilà ici un retournement et un enseignement pour notre propre vie. Autrefois, la victoire avait eu lieu à Emmaüs. Certainement, elle annonçait celle du Ressuscité, mais c’était une victoire de cette terre. Alors pour éviter que nous, aujourd’hui, mettions notre espérance dans les choses vaines de la terre, c’est à Jérusalem que vous annoncez cette victoire, cette rencontre. La victoire du Ressuscité est celle qui nous ouvre les portes du Royaume. Sur la terre, nous aurons toujours à livrer bataille. La bataille de la paix, la bataille de la justice, la bataille d’une lecture de l’Évangile qui ne soit pas pervertie par une vision politique blasphématoire, la bataille de la prière, la bataille de la fidélité à nos vocations. Mais nous la livrerons heureux et combattant, car elle est déjà gagnée, car Jésus qui était mort est vivant, car Il nous a ouvert les portes de la Jérusalem céleste. “Tu ne peux m’abandonner à la mort, ni laisser ton ami voir la corruption. Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices !”.