Chanoines réguliers de Prémontré
26
Mai
S. Philippe Néri, prêtre
Écrit par f. François-Marie

14 mai 2026 – Ascension du Seigneur

Bien avant les modèles théoriques explicatifs du XXe siècle sur l’origine de l’univers en expansion, tels que le Big Bang, le Nouveau Testament nous parle de la résurrection du Christ comme d’un événement d’une force stupéfiante, comme une déflagration qui n’en finit pas de s’étendre et de se déployer dans tout l’univers et dans toute l’humanité.

Force de la Résurrection et de l’Ascension du Seigneur, force de la récapitulation de toute chose dans le Christ total dont l’Église de la terre ne constitue que les prémisses.

Cette force du Christ est un pouvoir, mieux une autorité, sur toute chose, qui ne vient pas de lui-même mais qui lui a été donnée, qui est donc reçue du Père. Et cette force est répandue par l’Esprit Saint venant sur nous. Vous allez recevoir une force ! Ainsi Dieu tient-il toute chose en son pouvoir, par son Fils mort et ressuscité, dans l’Esprit Saint qui nous est donné. Dieu Trinité agit avec force dans l’histoire et dans le cosmos.

Cette force, saint Paul en parle aux Éphésiens comme d’un dynamisme, un élan, une énergie. Elle se déploie depuis le séjour des morts où le Christ a demeuré après sa Passion jusqu’au plus haut des Cieux où il règne désormais à la droite du Père. C’est une force qui emporte tout dans son élan, qui va partout, qui tient tout, qui remplit tout. Elle nous destine à passer de la terre au ciel, de la mort à la vie et elle fait de nous des témoins jusqu’aux extrémités de la terre, dans toutes les nations.

Telle est l’affirmation centrale et massive des textes du Nouveau Testament que la liturgie de ce jour nous donne à méditer en cette fête de l’Ascension.

Et nous avons bien besoin de cette force pour mener notre vie ! Mais il nous faut comprendre de quoi il s’agit et comment cette force s’exerce.

A vue humaine, la force est nécessaire dans deux directions : pour entreprendre, déployer, grandir, développer. La force ici est proche de la vie, et à cette période de l’année, nous en voyons une belle expression dans la vitalité qui fait par exemple grandir à vue d’œil la végétation, les arbres et les plantes, autour de nous. L’autre direction où s’exerce la force est davantage de l’ordre de la résistance, de l’endurance, de la libération du mal, du combat pour traverser ce qui est éprouvant, s’opposer à ce qui détruit et menace, et nous en voyons là aussi une expression caractéristique quand par exemple toute une équipe soignante se bat, avec un malade, pour obtenir sa guérison.

Dans l’Évangile, Jésus fait preuve lui aussi de force dans ces deux directions : il proclame partout le règne de Dieu, appelant à lui des disciples et les enseignants et il agit avec puissance et autorité pour expulser les esprits mauvais et guérir les malades et les infirmes.

Mais il y a aussi une grande différence entre la force humaine et la force qui vient de Dieu. La force humaine est souvent empreinte de faiblesse et elle se transforme en violence qui risque de détruire même ce qui est bon, comme on le voit dans les guerres qui ensanglantent notre terre. La force de Dieu, elle, ne détruit rien de ce qui est bon. Contrairement à ce que pensait Nietzsche, l’Évangile ne fait pas tant l’éloge de la faiblesse que de la douceur. Jésus ne dit pas « heureux les faibles », mais « heureux les doux, ils obtiendront la terre promise ». La douceur demande en réalité beaucoup de force, puisqu’elle consiste à agir avec puissance sans détruire ce qui est bon, mais en respectant son rythme de croissance et sa liberté. C’est ainsi que Dieu agit avec nous et qu’il veut nous apprendre à agir.

D’abord avec nous-même en effet : la douceur envers nous-même nous apprend à prendre en considération nos limites, nos faiblesses, nos rythmes de vie nécessaires. Sinon, le volontarisme risque de tout abîmer et de nous épuiser, comme on le constate souvent. La douceur implique alors le réalisme et l’humilité. Saint François de Sales invite à la douceur avec soi-même pour se relever après ses fautes, c’est une force qui tient compte de nos faiblesses et qui en même temps nous encourage, pour reprendre fermement le chemin de la sainteté dont nous nous sommes écartés. C’est aussi avec les autres, bien sûr, que la douceur est indispensable, pour respecter ce qui est bon en eux. L’Esprit Saint nous donne cette capacité, cette force, cette attention délicate qui respecte la liberté et nous préserve des emprises.

Dans cette église abbatiale, nous avons une chapelle dédiée à l’Assomption de la Vierge Marie. Dès que nous autres, frères de la communauté, entrons dans l’église par le transept sud, nous voyons cette représentation de la Vierge qui monte au ciel. Quelle force ne faut-il pas pour monter de la terre au ciel ! Mais Marie ne semble faire aucun effort, elle monte comme ça, l’air de rien, pour ainsi dire. Et cependant, son attitude dit beaucoup. Elle a les bras ouverts et le regard tourné vers le ciel où elle est attendue et accueillie dans la communion trinitaire : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. La puissance de Dieu l’a saisie toute entière, elle s’est laissée attirer, dans la foi elle a dit oui, et elle a renouvelé son oui chaque jour de sa vie.

Demandons à Marie, réunie avec les Apôtres au Cénacle, dans l’attente du don de Dieu, d’ouvrir nos cœurs et nos intelligences à l’Esprit Saint. Qu’il agisse en nous et par nous, avec force et douceur. Amen !