Chanoines réguliers de Prémontré
25
Juil
S. Jacques, apôtre - Fête
Écrit par f. Norbert

12 février 2023 – 6è dimanche du T.O

« Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ; à les garder, j’aurai ma récompense. Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur. » C’est ce que tout à l’heure, avec le Psalmiste, nous avons chanté. Quelle belle prière ! Tel est notre désir : nous voulons garder les commandements de Dieu ; sa volonté, nous souhaitons l’accomplir. C’est de la Loi divine que parlent toutes les lectures qu’en ce dimanche, l’Église propose à notre méditation. Ce matin, j’en retiens simplement deux aspects : d’abord, la garde des commandements requiert notre engagement, ensuite, elle exige un travail de discernement. 

La garde des commandements, d’abord. Elle n’est pas au-dessus de nos forces, nul n’en est jamais indigne ni incapable. « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle », rappelait Ben Sira dans la première lecture. Ben Sira a des mots tout simples, il emploie deux images pour inciter ses lecteurs à observer la Loi de Dieu : l’eau et le feu d’une part, la vie et la mort d’autre part. Deux oppositions, donc, pour nous motiver. Il y a une alternative, certes, et un libre choix de l’homme, mais la balance penche d’un côté, Ben Sira encourage à choisir la Loi, qu’il met du côté de l’eau et de la vie, du côté du bon et de la bénédiction. En réalité, Ben Sira met ses pas dans ceux de Moïse, le représentant par excellence de la Loi, celui à qui les tables de la Loi ont même été confiées sur le Sinaï. Dans le Deutéronome, Dieu disait aux Hébreux : « je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez (…) » (Dt 30,19). Par Moïse comme par Ben Sira, nous sommes donc exhortés ce matin à recevoir la Loi, à accueillir les commandements, à y conformer notre vie. Cette Loi est une Loi de vie, qui sollicite notre liberté, qui veut que nous la recevions, que nous nous l’approprions, que nous la professions, que nous la mettions en pratique. Parce qu’elle fait vivre, parce que la Loi de Dieu est le bonheur de l’homme : « Heureux les hommes (…) qui marchent suivant la loi du Seigneur ! Heureux ceux qui gardent ses exigences », chantait encore le Psalmiste. Chers frères et sœurs, ne croyons surtout pas que les commandements sont périmés, que les ordres sont surannés ou que nous en serions exemptés parce que nous sommes chrétiens. Jésus le dit très clairement dans l’Évangile : « Je ne suis pas venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5,17). La Loi réclame toujours notre engagement, mais il reste à en examiner la modalité. 

C’est le second aspect que je relève des lectures de ce dimanche : le discernement de la Loi. D’un cœur prompt et généreux, tous autant que nous sommes, nous voulons faire la volonté de Dieu et mettre en pratique ses commandements. Mais comment faire ? Le Seigneur Jésus nous montre un discernement en acte : il reprend la Loi, et toute la Loi (« pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi »), il cite même la Loi à quatre reprises : « Tu ne commettras pas de meurtre », « Tu ne commettras pas d’adultère », « Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation », « Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. » Quatre commandements de Dieu, quatre ordres venus d’en haut, quatre passages de la Torah, que Jésus ne censure pas mais reprend à son compte. Cependant, le Seigneur Jésus n’en reste pas à une répétition scolaire de ces commandements ; le but n’est pas de les savoir par cœur, mais de les connaître par le cœur. C’est ainsi qu’on accomplit la Loi, par l’amour, car elle est une Loi d’amour. Regardons bien comment Jésus procède. Le meurtre ? Il s’étend aussi à la colère, qui blesse nos frères ou nous conduit à les insulter. L’adultère ? Il s’exerce déjà par le regard, il commence par la manière dont nous regardons. Le serment ? Il éclipse Dieu pour nous faire prendre sa place, comme si tout dépendait de nous, alors que nous ne pouvons même pas décider de la couleur de nos cheveux, fait malicieusement remarquer Jésus. L’exercice auquel le Seigneur Jésus se livre, dans ce passage du Sermon sur la montagne, est celui d’un accomplissement des Écritures, dont il actualise la puissance, dont il déploie la signification interne, dont il révèle l’intelligence intrinsèque. Voilà ce à quoi le chrétien est invité. Garder la Loi ne signifie pas que nous devrions nous promener avec un Code biblique à la main. Observer la Loi veut dire que nous voulons nous engager sur le chemin de la vie, en apprenant à le distinguer au milieu du monde. 

Pour ce travail de discernement, nous avons besoin du secours de l’Esprit du Père et du Fils, dont Paul disait dans la deuxième lecture, « qu’il scrutait le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu » (1 Co 2,10). Seigneur, répands donc ton Esprit saint en nos cœurs, pour que nous apprécions toujours ce qui est juste.