Chanoines réguliers de Prémontré
2
Nov
Commémoration de tous les fidèles défunts
Écrit par f. Samuel

27 septembre 2026 – XXVIe dimanche du temps ordinaire

« Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu »

Cette parole de Jésus nous surprend, voire nous dérange. Pourtant, frères et sœurs, elle comporte une bonne nouvelle : si eux peuvent y entrer, et nous précéder, cela signifie que nous  avons aussi notre place dans le Royaume, même si c’est après eux.

            Les paroles de Jésus sont une invitation pour nous à réagir. Nous devons nous rappeler et rappeler aux autres que nous sommes des enfants de Dieu auxquels s’adresse une unique invitation qui est celle reçue par les personnages de la parabole : va aujourd’hui travailler à ma vigne. Nous savons qu’en chacun de nous coexistent à la fois les deux fils, celui qui veut et celui qui ne veut pas… Nos moments d’adhésion fervente à la volonté du Père sont souvent suivis de moments d’indifférence ou de révolte.

Le premier fils, qui dit « non » mais y va néanmoins, nous rappelle que la conversion est un mouvement : on peut refuser Dieu un jour et l’accueillir le lendemain. Le second fils, lui, reste figé dans ses actes, et hypocrites en ses paroles. Jésus me questionne donc ici : où en suis-je ? Suis-je celui qui dit « oui » sans bouger, ou celui qui, malgré ses résistances, finit par agir ?

 Comme le soulignait le Pape François au sujet de cette scène biblique, Jésus « connaît les angoisses et les tensions des familles qu’il introduit dans ses paraboles : des enfants qui abandonnent leurs maisons pour tenter une aventure (cf. Lc15, 11-32) jusqu’aux enfants difficiles, aux comportements inexplicables (cf. Mt 21, 28-31) ou victimes de la violence (cf. Mc12, 1-9 = vignerons homicides) »[1].

Nous, humains, sommes comme l’herbe qui change, tandis que le Seigneur, lui, ne change pas et son Alliance est de toujours à toujours. Il ne nous lâchera jamais, tant que nous ne le rejetons pas complètement. Aux yeux de Dieu, personne n’est définitivement perdu dans son péché. Souvent nous faisons un mauvais accueil, voire la sourde oreille aux appels de l’Esprit-Saint. Profitons de ce temps de méditation ce midi, pour nous demander quelle est notre réponse aux appels du Seigneur.

La parabole de ce jour attire aussi notre attention sur un fait qui est bien connu. Il ne suffit pas d’avoir une bonne intention.

Les bonnes intentions sont stériles en elles-mêmes, et on dit bien parfois que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Le second fils qui nous semble si accueillant à l’appel de son père me fait penser à la semence qui est tombée sur le chemin et qui a été dévorée par les oiseaux. Même s’il semble adhérer au plan initial de son père, il ne passe pas à l’acte.

Notre intelligence comprend ce que nous avons a faire, notre mémoire perçoit et nous rappelle ce que nous avons déjà vécu et comment nous avons réagi aux situations. Mais notre volonté, cette capacité de notre âme à vouloir et à aimer, dit Saint Augustin, notre volonté doit alors, devant un choix, nous encourager à mener à bien cette bonne intention.

            Et c’est là que la conclusion de la parabole vient de nouveau nous titiller : « les prostituées vous précèdent ». On pourrait se questionner : en quoi elles sont meilleures que nous ? Que font-elles, ou comment, pour qu’elles aient les bonnes grâces de Dieu ? Attention, frères et sœurs : se demander pourquoi eux sont « devant nous » dans le Royaume, c’est je crois, entrer d’ores et déjà  dans le piège du jugement. Il nous manque tellement de données pour poser un tel jugement. Aux yeux de Dieu, personne n’est définitivement que pécheur car le Seigneur nous voit tous tels que nous serons, dans notre dernier accomplissement, à la fin  des temps… Alors qu’avons-nous ainsi à nous inquiéter et à juger les autres ?

Ces publicains et ces prostituées, sont en fait bien malheureux. Ils sont rejetés par la société, mais sont en réalité proches du cœur de Dieu. Leur vie, souvent marquée par la souffrance et l’exclusion, ne les prive pas de la tendresse divine. Jésus nous révèle ici une vérité bouleversante : Dieu ne juge pas comme les hommes[2]. Il voit le désir profond de conversion, même là où nous ne voyons que du péché. Leur comportement extérieur, leur travail si l’on peut dire, n’enlève en rien le désir profond de leur cœur, que nous ignorons. Et c’est cela que Jésus révèle ici. Il connaît leur cœur, tout comme il connaît le notre.

            Alors oui, si les publicains et les pécheurs nous précèdent, oui c’est une bonne nouvelle : la porte du Royaume est ouverte pour nous aussi. En ce dimanche, demandons au Seigneur la grâce de passer, nous aussi, des bonnes intentions à l’action.

[1] Amoris Laetitia, 21

[2] 1 Sam 16