4 octobre 2026 – XXVIIe dimanche du temps ordinaire
Frères et sœurs, je pensais tenir une bonne accroche entre l’évangile de ce jour et le temps présent, me disant que cela correspondait parfaitement entre le maître qui veut voir ses vendanges faites dans sa vigne et en goûter le fruit tout en imaginant que nous sommes en pleine saison de récolte… Que nenni le site « vendangeurs.com » me dit que les vendanges sont déjà belles et bien terminées, plus une seule offre pour aller couper les grappes muries par le soleil. Il a fait trop chaud cette année, tout est déjà ramassé.
Mais de quelle vigne est-il question dans l’évangile ? La vigne, c’est Israël, le peuple sur lequel Dieu a déversé son amour et ses dons d’une manière si particulière. La vigne nous parle de soins, de fruits, de vie. Par sa prédication et ses œuvres, Jésus essaye de nous faire comprendre le caractère incommensurable de l’amour de Dieu le Père pour nous. Un amour fidèle qui ne se retire jamais, même lorsqu’il est rejeté.
L’image de la vigne comme l’image d’Israël ainsi que l’image du maître partant en voyage est en quelque sorte un classique pour représenter Dieu qui confie une responsabilité à l’homme.
Une bonne façon de lire une parabole est de rester convaincu qu’elle s’adresse d’abord à soi-même. Le vigneron responsable c’est moi comme chrétien qui suis dépositaire d’un don que j’ai à faire. L’attention, les soins du maître pour la vigne sont là. Mais ce sont les ouvriers qui ne portent pas le fruit attendu. La faute des vignerons vient non seulement d’avoir mis à mort les messagers du maître, mais également du fait de la stérilité de leur vie, de leur désobéissance à Dieu.
Aussi devons-nous considérer cette parabole comme étant loin de nous ? Ou bien devons-nous la regarder comme une histoire qui nous concerne directement ?
Les vignerons de la parabole ont tourné le dos à l’amour de Dieu et ont corrompu le dépôt qui leur avait été confié. Ils ont eu comme « peur de se mouiller à la grâce » comme le disait si bien Péguy. Car l’ingratitude, l’orgueil et la cupidité sont à l’origine de la destruction et de la mort. Un cœur endurci pourrait nous amener à penser que ce que nous avons, nous l’avons par notre propre mérite. Qu’avez-vous que vous n’avez pas reçu ? Et si vous l’avez reçu, pourquoi vous vantez-vous comme si vous ne l’aviez pas reçu ?[1]
Les fruits attendus par Dieu sont plutôt de la gratitude et un humble amour.
La vigne du Seigneur, c’est chacun de nous. Si nous savons lire l’histoire de nos vies, chacun pourra y relever la bienveillance et la patience de Dieu à son égard. Chacun pourra y voir sa main puissante et agissante, malgré et à travers les vicissitudes de la vie.
Chacun de nous doit reconnaître le prix payé par le Christ pour nous arracher du règne du péché et faire de nous des enfants de Dieu son Père : il est mort pour chacun de nous ! Comme le bien-aimé du chant du prophète Isaïe, le Seigneur peut poser à chacun cette question : « pouvais-je faire pour ma vigne (c’est-à-dire pour toi !) plus que je n’ai fait ? ». Que pouvait faire le Seigneur pour nous qu’il n’a pas fait, « lui qui n’a pas épargné son propre fils, mais l’a livré pour nous tous »[2] ?
À chacun de se poser cette question : « qu’avons-nous fait ou que faisons-nous de la grâce de Dieu ? ». Car il y a toujours ce risque d’oublier la source de notre existence : le donateur de tous nos bienfaits. De nous comporter en propriétaire de nos vies et de tout ce qui nous entoure. Le danger, c’est de nous recroqueviller sur nous-mêmes, de nous prendre pour des « petits dieux », nous suffisant à nous-mêmes. Ce serait triste de ne plus reconnaître la bonté de Dieu dans nos vies, et d’oublier de faire de nos vies une action de grâce à la gloire de Dieu.
Les fruits que le Seigneur attend de chacun de nous sont mis en évidence dans la deuxième lecture. Écoutez donc l’Apôtre Paul nous dire : « mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte (…). Mettez-le en pratique »[3]. C’est à cette condition que nous ferons l’expérience de «la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir »[4] ; car nos vies et nos cœurs seront ainsi en diapason avec le Christ. De la sorte, rien ne saura nous inquiéter, sachant que, par sa Croix, le Christ-Jésus nous a libérés, une fois pour toutes, de la peur de la mort et de l’esclavage du péché.
Nous qui sommes des « vignes préférées » du Seigneur, prions donc le Seigneur de donner à nos vies de produire des fruits qui donnent sens et joie à notre monde.
Cet Évangile est pour chacun de nous. Le Seigneur nous a confié les biens du Royaume. Il nous a confié la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Nous sommes envoyés pour en être les messagers. Mais nous ne devons pas oublier que nous ne sommes pas à notre compte. La mission n’est pas d’abord notre affaire mais celle du Seigneur. Nous vivons dans un monde qui cherche à le mettre dehors. Mais son amour crucifié sera plus fort que tout. C’est avec lui que notre vie portera du fruit.
Pour répondre à cet appel, nous avons besoin de l’aide du Seigneur. Dans nos vies, il y a toujours le péché qui nous détourne de lui. Mais à partir d’un mal, Dieu peut toujours faire surgir un bien. Il a retourné le triple reniement de Pierre pour en faire l’occasion d’une triple déclaration d’amour. Et c’est ainsi qu’il a pu donner à Pierre une confiance encore plus grande. Le même Christ est capable de retourner les pires criminels pour en faire des saints.
La parabole ne pouvait pas se terminer sur un échec aussi : « la pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». Ce que les hommes ont rejeté, Dieu l’a élevé, ce que les constructeurs ont dédaigné, Dieu en a fait la pierre angulaire. La mort du Christ ne conduit pas à son abaissement, mais à son élévation, sa mort nous conduit à la vie.
[1] 1Co 4, 7
[2] Rm 8,32
[3] Ph 4, 8-9
[4] Ph 4, 7