Chanoines réguliers de Prémontré
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Nov
Commémoration de tous les fidèles défunts
Écrit par f. Maximilien

20 septembre 2026 – XXVe dimanche du temps ordinaire

Nous la connaissons bien, cette parabole des ouvriers de la dernière heure. Quelle que soit l’heure à laquelle le maître vient les chercher, tous reçoivent à la fin de la journée la même pièce d’argent. Le Seigneur donne à chacun de ses disciples le nécessaire pour vivre, quelle que soit l’heure à laquelle ils ont commencé à œuvrer dans la vigne. Alors une question me trotte dans la tête : cette parabole, qui dit si bien l’amour extrême de Dieu pour chacun, ne serait-elle pas un texte taillé sur mesure pour justifier les retardataires récurrents de la messe dominicale ? Est-ce la parabole des retardataires ?

J’ai conscience que ma question est provocante. Elle fera sourire certains, qui y chercheront une approbation ; elle en fera enrager d’autres, qui se sentiront visés. Je ne cherche pourtant ni approbation, ni jugement. Je souhaite surtout éveiller votre attention sur quelque chose de plus profond : notre rapport à l’Eucharistie. Qu’est-ce que révèle ce qui peut apparaître comme un dilettantisme qui me fait arriver en retard, dimanche après dimanche ? Et à l’inverse, si je cherche à être ponctuel, qu’est-ce que l’Église m’appelle à vivre ? En réalité, ce que je veux découvrir avec vous, c’est l’importance des rites d’accueil de la messe. Qu’est-ce qu’ils révèlent de notre foi ?

Pour répondre, je m’arrêterai sur deux rites, avant de m’ancrer dans le magistère et de conclure.

La messe commence par une procession de certains, accompagnée d’un chant de tous. À la suite de la croix, elle se dirige vers l’autel et fend l’assemblée. Nous ne pouvons pas tous la faire. Alors ceux qui en ont reçu mandat, en particulier le prêtre qui préside l’Eucharistie, sont députés par l’assemblée. Ils sortent d’elle pour s’avancer vers le roc de l’autel, qui symbolise le Christ. Pendant ce temps, tous chantent. Ce n’est pas un détail : le missel lui-même précise que ce chant a pour but de favoriser l’union des fidèles rassemblés. Par lui, toute l’assemblée prend conscience de la présence de chacun, donc de la présence de l’Église. Et celui qui préside sort symboliquement de cette assemblée pour conduire le peuple de Dieu vers Dieu.

Une fois la procession terminée, le prêtre, debout à son siège, fait le signe de la croix avec toute l’assemblée, puis il salue la communauté en lui signifiant la présence du Seigneur. Ce geste, nous l’avons appris dès notre plus tendre enfance. Il symbolise notre foi, il marque notre appartenance au Christ. Mais accompli ensemble, il dit encore plus : il dit notre désir commun de vivre cette prière tournée vers Dieu, notre soif unanime de sa Parole et du pain substantiel de son Eucharistie. Celui qui préside prononce les paroles, et tous répondent d’une seule voix : Amen. Vous vous êtes peut-être signé individuellement en entrant dans cette église, avec l’eau bénite ; vous le faites peut-être chez vous en commençant votre prière, ou en croisant un calvaire sur votre chemin. Ce geste énonce votre identité de chrétien. Mais, initié par le prêtre qui préside et accompli à l’unisson au début de la messe, il dit notre commune appartenance : nous sommes le Corps du Christ. Ce geste dit une réalité de notre foi : nous ne pouvons tendre vers Dieu qu’ensemble, en Église. Voilà bien la raison pour laquelle les dissensions et les schismes sont vécus si douloureusement par les chrétiens ! Si j’arrivais en retard à la messe – à Dieu ne plaise – je dégainerais sans doute un rapide signe de croix en m’installant à la première place libre. Mais ce geste retrouverait alors sa seule dimension individuelle ; il perdrait sa portée ecclésiale nécessaire.

Le but des rites d’entrée, c’est que les fidèles qui se réunissent réalisent une communion, et se disposent ensemble à bien entendre la Parole de Dieu et à célébrer dignement l’Eucharistie. Car la messe n’est pas un acte de piété individuelle. Attention : je ne dis pas que notre piété individuelle n’est pas nourrie par l’Eucharistie. Je dis que la messe ne peut nourrir pleinement notre âme si elle n’est pas vécue pleinement comme une célébration ecclésiale, une célébration de communion. Des papes comme Pie X, Pie XII, et le concile Vatican II lui-même, ont multiplié les enseignements à prendre conscience de l’importance de l’Église pour vivre sa foi. Je citerai seulement le pape François, dans son texte sur la liturgie : « sans l’incorporation [dans l’Église née du côté du Christ mort sur la croix], il n’y a aucune possibilité de vivre la plénitude du culte rendu à Dieu. […] Le sujet qui agit dans la liturgie est toujours et uniquement le Christ-Église, le corps mystique du Christ ».

Tiens… Voilà un prédicateur qui fait tout un foin sur la ponctualité, un prieur un tantinet raide sur les horaires. Je reconnais avec été provoquant, mais je l’assume. Car vous aurez compris que mon propos est plus profond. Pour une vie de foi vivante, pour que la messe nous nourrisse vraiment, pour que l’écoute de la Parole transforme nos vies, et surtout – surtout – pour que la communion eucharistique ne se réduise jamais à une récompense ou à un droit, mais qu’elle soit vraiment communion, il nous faut vivre ensemble les rites d’entrée de la messe. Je termine par un scoop : la semaine prochaine, la messe commence à 11 heures !