Chanoines réguliers de Prémontré
13
Sept
S. Jean Chrysostome, évêque et docteur
Écrit par f. Charles-Marie

23 août 2026 – XXIe dimanche du temps ordinaire

Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?

Pourquoi Jésus s’inquiète-t-il de ce qu’on dit de lui en ville ? Pourquoi s’inquiète-t-il de sa réputation et pourquoi se soucie-t-il de ce que pensent Pierre et les disciples ?

Jésus n’est pas évidemment pas comme Dom Salus qui réclame ses acclamations. Il n’a pas non plus besoin d’être informé de telle ou telle rumeur populaire. La question de Jésus n’a rien d’une enquête pour évaluer l’avancée de la réussite de sa mission. Aucune curiosité dans cette question. Non, la question du Christ est évidemment infiniment plus profonde ! En interrogeant Pierre, le Christ veut une réponse qui exprime l’adhésion de Pierre dans tout son esprit, toute son intelligence, toute sa force. Une réponse qui dise la profondeur de sa connaissance et de sa relation au Christ. « Tu es le Christ, tu es le fils du Dieu vivant. »

Voyons comment cette réponse n’est pas la simple expression d’une vérité parmi d’autres mais un véritable engagement.

Tout d’abord, effectivement, je l’ai dit, le Christ ne cherche pas une réponse factuelle donnée au détour d’un chemin. Et la réponse de Pierre n’est pas d’abord une réponse intellectuelle, une réponse scientifique objective, juste d’ailleurs, mais qui serait parfaitement extérieure à celui qui l’énonce. Prenons une comparaison pour illustrer un peu. Prenons l’exemple de l’eau. Il existe de nombreuses manières de connaitre ce qu’est l’eau. Par exemple, il y a la connaissance du chimiste ou du physicien, disons la connaissance du scientifique. Le scientifique connait toutes les caractéristiques mesurables de l’eau : sa température d’ébullition, de cristallisation, d’évaporation en fonction de la pression du milieu. Le physicien connait la composition de la molécule, l’angle des atomes en fonction de liaisons covalentes etc… C’est un mode de connaissance de l’eau. Cette connaissance du scientifique est juste mais l’eau reste un sujet d’étude extérieur et qui engage peu la réalité de son existence… Un autre mode de connaissance de l’eau est celle du randonneur qui a marché plusieurs heures vers Conques en plein soleil et qui se désaltère enfin avec de l’eau fraiche. Pour lui la connaissance de l’eau est vitale, elle impacte son existence, ses sens, elle lui redonne ses forces.

De même, la réponse attendue par le Christ doit témoigner d’une connaissance qui engage une vie entière et même plus qu’une vie… l’éternité. Quand saint Pierre dit « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est une réponse vitale ! Saint Pierre n’est pas un chimiste de Dieu ! Dieu ne s’étudie pas à travers une éprouvette dans un laboratoire (d’ailleurs, la théologie est tout sauf mettre Dieu dans une éprouvette pour l’étudier !) Si la réponse est donnée en vérité, si le cœur qui prononce ces mots croit ce qu’il dit, alors ce ne sont pas simplement quelques mots jetés en l’air mais c’est une existence entière qui est engagée. Et c’est cela que le Seigneur demande à Pierre. Et à travers Pierre, c’est à chacun de nous qu’il le demande personnellement. Nous ne pouvons pas dire : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » comme nous disons que H2O est une molécule d’eau. Saint Augustin écrivait : « À une foi droite, joignez une vie droite ; de manière à confesser que le Christ est venu dans la chair, non seulement par vos paroles, en disant vrai, mais par vos actes, en vivant bien. » Autrement dit, confesser de tout son cœur le Christ, dire avec Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » exige une conversion de toute notre vie. Si Dieu est vivant, si Jésus est le Christ, si Dieu s’est fait homme : c’est bien toute la face du monde qui est renouvelée. Et c’est exactement la vérité ! L’éternité est en marche, nous croyons que Jésus est le Fils du Dieu vivant. Dès lors c’est toute notre existence qui en est renouvelée, avec toutes ses facultés (notre intelligence, notre imagination, notre mémoire, notre affectivité). La confession de Pierre (qui est aussi la nôtre), doit avoir pour effet d’ordonner ou d’orienter toute notre personne vers la connaissance de Dieu vers l’amour de Dieu. Qui aime est né de Dieu et connait Dieu.

Alors si le Christ demande « pour vous, qui suis-je ? » ça n’est pas pour s’informer, ça n’est pas pour prêter l’oreille aux rumeurs de son temps, mais bien plutôt pour donner la possibilité à chacun de répondre « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Réponse qui met en marche, réponse qui pousse à la conversion de la tête et du cœur. Réponse qui nous invite à plonger dans la profondeur de la richesse, la sagesse et la science de Dieu. Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour l’éternité. Amen !