15 août 2026 – Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie
Les évêques de France, invitent les chrétiens à porter dans la prière la future visite du pape Léon dans notre pays :
Seigneur, bénis son voyage apostolique.
Prépare nos cœurs à l’accueillir avec joie.
Donne-nous de recevoir ses paroles avec confiance.
Apprends-nous à servir la magnifique humanité que tu as créée.
Fortifie notre foi, affermis notre espérance, stimule notre charité.
Je voudrais commenter cette prière, à la lumière de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie.
Apprends-nous à servir la magnifique humanité que tu as créée.
Cette prière fait référence à l’encyclique de Léon XIV : Magnifica humanitas. Marie chante à Dieu le Magnificat. Mais aujourd’hui, en effet, c’est moins la question de Dieu qui nous interroge que la question de l’homme, la vision chrétienne de l’humanité et la vision sécularisée de l’humanité. Magnifica humanitas. La question de Dieu et la question de l’homme ne vont pas l’une sans l’autre bien sûr, mais d’où vient la grandeur de l’homme ? et quelle vision de l’homme est-elle la plus à même d’être vraie, féconde et source de bonheur ? ». La réponse à cette question est bien sûr très vaste. La fête de l’Assomption de Marie nous invite à regarder cette question dans un domaine bien précis : celui de la destinée humaine, de sa divinisation, de son accomplissement.
Deux visions de l’humain s’opposent aujourd’hui. Soit on voit l’humain comme une machine, essentiellement bonne, autosuffisante, et les problèmes humains peuvent être résolus par une technologie qui va nous assurer une santé mentale et physique renforcée, une forme d’omniscience, un accroissement de nos facultés sensorielles et une possibilité d’échapper à la mort, mais au prix d’un posthumanisme qui risque fort d’être une déshumanisation et finalement une désespérance vis-à-vis de l’humanité. Soit on voit l’humain comme un être créé donc non pas autosuffisant, mais naturellement en relation et fait pour la relation, un être blessé précisément dans ses capacités relationnelles, on en fait tous l’expérience au quotidien, ce qu’on appelle le péché, un être qui a donc besoin d’un salut qui ne peut venir de l’homme lui-même. Dans la foi chrétienne, l’homme n’a pas besoin de devenir posthumain ou transhumain pour devenir dieu. Il est créé comme homme et femme à l’image de Dieu, voilà ce qui fait de lui une magnifique humanité. La divinisation, qui est l’accomplissement de l’humain, est un mystère de relation, de communion et d’amour. La mort n’est pas un problème technique, mais un passage vers une création nouvelle que nous espérons et dont la résurrection du Christ signe déjà l’avènement et que nous croyons déjà accompli en Marie, car elle a été choisie pour porter en son sein Dieu fait homme.
Dans le christianisme, ce qui nous dispose à vivre en relation avec Dieu, à être divinisé, c’est ce qu’on appelle les vertus théologales. Il y en a trois : la foi, l’espérance et la charité. Ce sont elles avant tout qu’il faut cultiver. Regardons-les telle que Marie les a mises en œuvre, nous pourrons ainsi agir conformément à la prière dans laquelle nous avons demandé :
Fortifie notre foi, affermis notre espérance, stimule notre charité
La foi : « heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Ces paroles, ce sont celles prononcées par l’archange Gabriel, à l’Annonciation, annonçant à Marie qu’elle deviendrait la mère du Sauveur. Croire, dans la Bible, c’est moins la croyance abstraite en certaines idées sur Dieu, son existence ou qu’il est unique par exemple, que la confiance en lui, fondée sur le choix de Dieu : Dieu a choisi Israël, il est son Dieu, il a agi dans son histoire. Marie s’inscrit dans cette histoire, dans cette descendance des enfants d’Abraham. L’histoire de son peuple devient son histoire. C’est ainsi qu’elle reconnaît ce qui lui arrive personnellement, le choix de Dieu sur elle. Nous aussi, nous sommes invités à nous approprier l’histoire sainte, celle du peuple d’Israël et celle de la venue du Messie, l’histoire de Jésus, des Évangiles, de l’Église et des saints, afin de discerner que Dieu agit aussi dans ma vie personnelle, dans mon histoire et celle du monde aujourd’hui. Croire, c’est sortir de moi-même pour entrer dans une histoire et un projet de Dieu plus large. Ma foi ne peut grandir isolément. J’ai besoin, pour croire, de m’appuyer sur l’expérience et le témoignage des autres qui ont cru en l’action de Dieu dans leur vie, en l’amour de Dieu venu jusqu’à eux.
L’espérance : je ne suis pas mon propre dieu, je ne peux pas devenir dieu par moi-même, je dois donc compter sur la parole de Celui qui s’adresse à moi, sur ce Dieu qui se donne à moi et mon existence va être marquée par ce contraste, parfois même cet abime, entre mes aspirations les plus profondes, ce désir que Dieu a mis en moi, et mon incapacité à y parvenir par moi-même. Il me faut alors attendre de Dieu et recevoir de lui, dans un échange de relation, c’est ce qu’on appelle l’espérance. Marie vit dans l’espérance qui fait jaillir en elle un chant de reconnaissance et d’action de grâce car Dieu agit dans la faiblesse de sa créature : c’est le cœur du Magnificat : Il s’est penché sur son humble servante, le Puissant fit pour moi des merveilles, il élève les humbles, il comble de biens les affamés, il se souvient de son amour, de sa promesse. Remarquez que c’est sur un fond de pauvreté, d’humilité, de soif et de faim, que grandit l’espérance, et non pas sur l’illusion de l’autosuffisance d’un monde de consommation. L’espérance, c’est s’appuyer sur Dieu pour vivre et aimer. C’est aussi porter un regard sur les autres qui soit capable de voir en eux non pas leurs défauts dont on a vite fait de s’agacer, mais l’image de Dieu, la magnifique humanité qu’ils sont comme moi et avec moi appelés à devenir, et que je ne pourrai jamais devenir sans eux.
La charité : Marie resta avec Élisabeth environ trois mois. Que vient faire Marie ? Très concrètement, ayant appris par la voix de l’ange qu’Élisabeth sa cousine âgée, attend un enfant, elle vient se mettre à son service, jusqu’à la naissance de Jean-Baptiste, dans les derniers mois de la grossesse. Elle est bien l’humble servante du Seigneur et des autres. Saint Bernard écrit : « Toute surprise de la venue de Marie, Élisabeth disait ‘Comment se fait-il que la Mère du Seigneur vienne jusqu’à moi ?’ mais elle devait s’étonner plus encore qu’à la manière de son Fils, Marie vient pour servir et non pour être servie. » (Homélie sur la nativité de la Vierge le 8 septembre, § 9). La charité, c’est la vertu qui me met en relation avec les autres en apprenant à me donner à eux et pour eux. C’est la vertu qui va me diviniser car Dieu est en lui-même Charité, il est un mystère de relation entre des personnes, le Père, le Fils et l’Esprit Saint. La force d’aimer me vient de Dieu lui-même qui est amour. Et la Vierge Marie continue à servir aujourd’hui en intercédant pour nous et pour l’humanité auprès de Dieu.
La foi, l’espérance et la charité, ces trois vertus nous tournent vers Dieu, bien sûr, mais elles nous permettent d’avoir un regard renouvelé sur cette humanité que nous côtoyons chaque jour, pour la reconnaître magnifique. Demandons à la Vierge Marie de pouvoir chanter à Dieu mais aussi devant toute personne humaine la prière du Magnificat. Amen !