Chanoines réguliers de Prémontré
18
Jan
Écrit par f. François-Marie

25 décembre 2025 – Messe du jour de Noël

De quoi le Christ est-il venu nous sauver ?

Dès le jour même de Noël, la liturgie élargit notre regard à un horizon beaucoup plus vaste que celui de la crèche de Bethléem, avec Marie, Joseph et l’Enfant Jésus. Isaïe annonce que « tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu ». Le psalmiste parle d’une révélation à toutes les nations, « la terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu ». Avec la lettre aux Hébreux, ce sont toute chose, l’univers, les hauteurs des cieux et les anges de Dieu qui rendent un culte au Sauveur. Enfin, avec le prologue de saint Jean, nous parvenons au sommet de tout, puisque cet Enfant de Noël est Celui-là même qui nous fait connaître le Père.

Nous sommes ainsi emportés vers un horizon qui nous dépasse, un horizon sans limite, un mystère, qui nous appelle avant tout à ne pas garder pour nous-même ce trésor de la révélation chrétienne. Noël est à la fois fait pour nous, chacun personnellement, et fait pour infiniment plus grand que nous. Un mystère dont il nous faut témoigner, que nous avons pour mission d’annoncer, comme les bergers. Après avoir vu le nouveau-né dans la mangeoire, ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu.

Je suis touché de voir aujourd’hui comment des jeunes ont une facilité à témoigner de leur foi, alors qu’elle est encore toute nouvelle chez eux. Ce sont par exemple des amis de classe à qui ils parlent de Jésus ou qu’ils invitent à rejoindre leur aumônerie, leur foyer de jeunes, leur patronage. Encore catéchumènes pour certains d’entre eux, ils témoignent déjà de leur foi au Christ, tout naturellement, et leur témoignage porte du fruit. Nous le voyons autour de nous, dans notre paroisse et ailleurs. L’évangélisation passe par les moyens les plus simples, à portée de main, tout spécialement au gré des amitiés et des rencontres. C’est très encourageant. Ce que des enfants et des jeunes font si aisément, comment les adultes ne le feraient-ils pas davantage ?

Le mystère de Dieu nous a été révélé : Dieu est en lui-même une vie de relation qui nous appelle nous aussi à entrer en relation avec les autres, avec toute la création, avec Dieu lui-même. En lisant le prologue de saint Jean, nous le touchons du doigt. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu ». Être et être auprès de, cela ne fait qu’un pour Dieu. Dieu est inséparablement celui qui est et qui est avec. Il n’y a pas d’isolement en Dieu, être et être en communion font partie du même mystère, le mystère de Dieu et de son Verbe. Il n’y a pas de succession temporelle non plus : au commencement, dans le principe même, Dieu est éternellement avec son Verbe, par qui tout est venu à l’existence.

Nous aussi, nous sommes appelés pour ainsi dire à densifier notre être, à l’épaissir, de la vie de communion, de relation, qui nous unit à Dieu, aux autres et à la création toute entière. La foi chrétienne nous révèle que Dieu est tout le contraire de l’isolement et que nous aussi, nous sommes faits pour sortir de l’isolement pour entrer toujours davantage dans le mystère de la vie véritable qui est une vie de communion. L’isolement est autre chose que la solitude. Celle-ci peut être utile voire nécessaire pour mieux rencontrer le Seigneur et finalement les autres. Mais l’isolement est autre chose, c’est de n’être pour personne. C’est pourquoi, quand nous annonçons l’Évangile, quand nous témoignons de notre foi autour de nous, nous ne faisons pas qu’appliquer un commandement, nous entrons davantage dans notre être véritable, dans ce pour quoi nous sommes faits, nous permettons aussi aux autres de devenir eux-mêmes. Et nous le faisons, non par nos propres forces, non pas non plus dans une forme de communion panthéiste avec un grand tout, mais par le Christ qui fait de nous des enfants du Père. N’ayons pas peur de disparaître en étant relié aux autres, au contraire, nous ne disparaissons pas, nous ne perdons pas notre identité, nous la découvrons, nous devenons nous-mêmes, nous accomplissons notre vocation : celle de naître de Dieu, de devenir enfants de Dieu, dans le Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Mais pour devenir des êtres de communion, il nous faut commencer par nous ouvrir à cette communion qui vient de Dieu, qui est Dieu. C’est le sens de tous les verbes du prologue de saint Jean. Ils nous invitent à reconnaître, accueillir, contempler, recevoir, devenir, autant de verbes de relation.

Le prochain, qu’il nous est parfois si difficile d’approcher, est appelé avec moi à la même vie divine. C’est vers lui que Dieu m’envoie aujourd’hui. Puissions-nous, durant ce temps de Noël nous tenir nous aussi auprès de Dieu et auprès des autres, comme le Verbe se tient auprès de Dieu. Nous y tenir humblement, comme le Verbe qui s’abaisse pour se tenir auprès de nous.

 L’isolement est probablement l’une des plus grandes souffrances qu’un être humain puisse connaître. C’est de cet isolement que le Christ et lui seul est venu nous sauver. Amen !