Chanoines réguliers de Prémontré
18
Jan
Écrit par f. Maximilien

28 décembre 2025 – Sainte Famille

En ce dimanche de la Sainte Famille, la Parole de Dieu nous parle avec une grande simplicité et une grande profondeur de la vie familiale. Elle ne nous présente pas une famille idéale ou parfaite, mais une famille réelle, traversée par la foi, la confiance et parfois l’incompréhension. Elle nous rappelle un commandement fondamental : « Honore ton père et ta mère ».

La première lecture, tirée du livre de Ben Sira le Sage, éclaire ce commandement avec des mots très concrets. Elle nous dit : « Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa prière il sera exaucé. Celui qui glorifie son père verra de longs jours, celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère ». Ce texte ne parle pas d’abord d’obéissance extérieure, mais d’une attitude du cœur. Honorer ses parents, c’est reconnaître l’œuvre de Dieu à travers eux. C’est comprendre que Dieu a choisi de nous donner la vie par des médiations humaines.

La Sainte Famille de Nazareth incarne parfaitement cette sagesse biblique. Jésus, le Fils de Dieu, accepte de vivre sous l’autorité de Marie et de Joseph. L’Évangile nous dit par ailleurs qu’il leur était soumis. Celui par qui tout a été créé choisit le chemin de l’obéissance et de la confiance. En Jésus, le commandement « Honore ton père et ta mère » prend chair. Jésus, le Fils de Dieu, accepte de grandir dans une famille humaine. Il se laisse éduquer par Marie et Joseph. Celui qui est la Parole éternelle accepte d’apprendre à parler ; Celui qui est le Pain de Vie accepte d’avoir faim ; celui qui est la Sagesse de Dieu accepte d’être formé par ses parents. En Jésus, honorer ses parents devient un chemin d’humilité et d’amour.

Marie et Joseph, eux aussi, vivent ce commandement. Ils honorent leur enfant en respectant le mystère qui l’habite. Ils ne cherchent pas à le posséder, ni à le modeler selon leurs propres rêves. Ils acceptent parfois de ne pas comprendre, comme lors de l’épisode de Jésus au Temple. Marie garde toutes choses dans son cœur ; Joseph, dans le silence, continue de protéger et de guider. Honorer son père et sa mère, c’est aussi, pour les parents, honorer leurs enfants : respecter leur mystère, leur vocation, leur liberté. La Sainte Famille nous enseigne que l’honneur se vit dans les deux sens : par l’obéissance, mais aussi par le respect et la bienveillance.

La première lecture nous rappelle aussi que ce commandement est source de bénédiction : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses péchés, celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor ». Honorer ses parents n’est jamais une perte. Même lorsque c’est exigeant, même lorsque la relation est difficile, ce chemin porte du fruit dans le cœur de celui qui le vit. Il ouvre à la paix, à la liberté intérieure, et souvent au pardon.

Bien sûr, ce commandement peut être douloureux à entendre pour certains. Toutes les histoires familiales ne sont pas simples. Les relations familiales sont parfois blessées, compliquées, marquées par des absences, des silences ou des souffrances, des paroles qui ont manqué ou qui ont fait mal. Honorer son père et sa mère ne signifie pas nier ces blessures. Dieu ne nous demande jamais de faire semblant. Mais il nous invite à un chemin de vérité et de pardon, lorsque cela est possible, de refus de la haine. Parfois, honorer ses parents commence simplement par prier pour eux et confier à Dieu ce qui reste difficile.

Ben Sira va plus loin : il évoque la vieillesse, la fragilité, la perte de forces. « Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, ne le chagrine pas pendant sa vie ». Honorer ses parents ne s’arrête donc pas à l’enfance. C’est un appel à la fidélité dans la durée, quand l’adulte devient à son tour celui qui soutient. Ce texte est d’une grande actualité dans un monde qui a parfois du mal à donner une place aux personnes âgées. Dans une société qui valorise la performance et la jeunesse, la Sainte Famille nous rappelle que la dignité ne se perd jamais. Le temps donné, l’écoute patiente, la présence fidèle sont des formes très concrètes d’honneur rendu.

Ce commandement s’adresse aussi aux parents eux-mêmes. Ben Sira parle de l’autorité du père et de la mère, mais une autorité qui n’écrase pas, une autorité qui sert la vie. Les parents honorent leurs enfants lorsqu’ils les accompagnent avec justice, tendresse et cohérence. La Sainte Famille nous rappelle que la transmission de la foi se fait d’abord par l’exemple : une vie simple, fidèle, enracinée dans la confiance en Dieu.

Frères et sœurs, en ce dimanche de la Sainte Famille, la Parole de Dieu nous invite à regarder nos familles avec un regard de foi. Non pas pour les juger, mais pour y reconnaître l’œuvre de Dieu. Demandons la grâce de vivre le commandement « Honore ton père et ta mère » avec vérité et douceur, chacun selon son histoire. Demandons aussi la grâce de faire de nos familles des lieux où l’on apprend à aimer, à pardonner et à espérer.

Que la Sainte Famille de Nazareth intercède pour toutes nos familles : celles qui sont unies, celles qui sont blessées, celles qui doutent. Qu’elle nous aide à vivre dans l’amour, afin que nos vies rendent gloire à Dieu.