Chanoines réguliers de Prémontré
18
Jan
Écrit par f. Maximilien

25 décembre 2025 – Messe de l’Aurore

Ce matin-là, alors que la nuit était noire, une lumière a resplendi. Elle ne venait pas d’un astre céleste ; elle irradiait depuis une humble crèche. La petite pastourelle qui était arrivée là, poussée par le chant des anges, vit Dieu, né de Dieu. Elle soupira : « Ô nuit qui m’a conduite ! Ô nuit plus aimable que l’aurore ! Ô nuit qui as uni le bien-aimé avec la bien-aimée, en transformant l’amante en son bien-aimé ».

Ce matin-là de 1578, après son évasion de la prison de Tolède, saint Jean de la Croix fut saisi dans un élan mystique. Au plus profond d’une nuit obscure, il contemplait dans la foi la Lumière née de la Lumière. Alors, son âme soupira : « Ô nuit qui m’a conduite ! Ô nuit plus aimable que l’aurore ! Ô nuit qui as uni le bien-aimé avec la bien-aimée, en transformant l’amante en son bien-aimé ».

Ce matin, dans le silence enveloppant d’une sainte nuit qui s’achève, la Lumière est là, Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Il est présent ; il irradie depuis la crèche, depuis l’autel, depuis la Croix. Alors l’Église soupire, nous lui prêtons notre voix : « Ô nuit qui m’a conduite ! Ô nuit plus aimable que l’aurore ! Ô nuit qui as uni le bien-aimé avec la bien-aimée, en transformant l’amante en son bien-aimé ». Dans l’obscurité de vies marquées par le péché, dans la pénombre épaisse de vies chrétiennes qui s’ankylosent, de vocations qui s’affadissent, la sainte nuit s’achève. Elle nous pousse à la contemplation, comme la pastourelle de la crèche ; nous ouvre à l’adoration, comme l’âme de saint Jean de la Croix ; nous invite à l’union, comme l’Église avec son Sauveur. Alors nous reprenons comme un refrain le soupir d’une âme :

« Ô nuit qui m’a conduite ! Ô nuit plus aimable que l’aurore ! Ô nuit qui as uni le bien-aimé avec la bien-aimée, en transformant l’amante en son bien-aimé.

« Il dort tranquille dans mon sein qui est plein de fleurs, et que je garde tout entier pour lui seul : je le chéris et le rafraichis avec mon éventail de cèdre.

« Lorsque le vent de l’aurore fait voler ses cheveux, il m’a frappé le cou avec sa main douce et paisible, et il a suspendu tous mes sens.

« En me délaissant et en m’oubliant moi-même, j’ai penché mon visage sur mon bien aimé. Toutes choses étant perdues pour moi, je me suis quittée et abandonnée moi-même, en me délivrant de tout soin entre les lys blancs ».