Chanoines réguliers de Prémontré
6
Oct
S. Bruno, prêtre
Écrit par f. Gabriel

Célébration de la Passion du Seigneur – 15 avril 2022

« Adam, Adam, où es-tu ? Où es-tu donc ? », demandait le Seigneur, après le premier péché, dans le jardin d’Eden.

Quand Dieu appelle avec inquiétude l’humanité, tel un amoureux qui cherche son amoureuse disparue, l’humanité, elle, se cache.

« Qui cherchez-vous ? Qui cherchez-vous ? », demande aujourd’hui le Seigneur aux hommes qui viennent à lui, dans le jardin de Gethsémani, pour le traîner dans la poussière, lui qui est l’incarnation de l’amour de Dieu.

L’humanité est en somme comme une amante qui aurait fait erreur sur son amant.

Quant à Pilate, il demande au Fils de Dieu, après l’avoir fait flageller : « D’où es-tu ? » Décidément, l’humanité est une amante incapable de reconnaître le Bien-Aimé qui vient à sa rencontre.

Justement, voici que, dans le bois de la croix, nous voyons en ce jour l’expression de ce drame d’amour : l’amant, Dieu, est là, immobile, ses mains et ses pieds percés de ces clous qui le tiennent à la croix.

Il accepte le plus grand malheur. Il accepte le sort de l’esclave parce qu’il n’a rien trouvé de plus fort pour dire à sa bien-aimée qu’il est fou, fou d’amour. 

De peur que le rendez-vous avec l’humanité n’ait pas lieu, ce rendez-vous amoureux tant attendu depuis le commencement du monde, l’Amour refuse de se détacher de cette croix. Le Bien-Aimé reste là, cloué sur place, pour que la bien-aimée vienne enfin à lui. Il l’attend pour la décharger du poids de ses infidélités, de ses adultères.

« Où es-tu donc ? » gémit encore Dieu, en la personne de Jésus sur la croix. « J’attends le plus petit signe de réponse de ta part. J’ai soif, » supplie-t-il ! « J’ai soif de toi… de ton amour… Où es-tu ? » Et le Dieu crucifié attend l’humanité, l’attend encore, et l’attendra jusqu’à la fin du monde.

Adam, où es-tu ? Pourquoi fuis-tu ? Mais enfin, Adam, qui cherches-tu ? Cherches-tu vraiment l’Amour qui t’espère ? Homme, attends-tu un signe plus grand que cette croix pour enfin reconnaître l’Amour-sauveur ?  

Frères et sœurs, que répondons-nous ? 

Seigneur, jusqu’à cet instant, j’étais du côté de Judas. J’ai préféré les richesses de ce monde à ton amour.

Seigneur, j’étais un de ces pharisiens et de ces grands prêtres. Je t’ai oublié, je t’ai méprisé, je t’ai même mis à mort par amour des apparences et des honneurs.

Seigneur, j’étais du côté de Simon-Pierre. Je t’ai renié, en parlant et en agissant comme si je ne te connaissais pas. Comme Pilate, en abdiquant ma liberté et ma responsabilité, je t’ai laissé tomber.

Seigneur, j’étais un de ces soldats. Je t’ai flagellé par tant de médisances et de paroles dures contre mes frères, de regards et de pensées impurs, de violences et de mépris.

Il est bon, frères et sœurs, qu’en cet instant notre cœur de pierre se brise, soit broyé, réduit en morceaux. C’est cela la conversion : un bouleversement du cœur. Il est bon que notre cœur soit piqué, définitivement blessé, pour ainsi dire transpercé.

Mais n’en restons pas à ce regard tourné sur nous-mêmes. C’est cela aussi la conversion : un retournement de notre cœur vers le divin Cœur, transpercé par une lance. Ce Cœur qui a tant aimé les hommes.

Oui, en ce jour, nous ne regardons pas seulement le bois de la croix, signe de notre infidélité envers l’Amour.

Nous rendons grâce devant ce bois de la croix, signe que l’Amour que nous avions perdu par notre faute nous a enfin trouvés !

C’est pourquoi, « J’ai soif » n’est pas la dernière parole du Christ. Le dernier mot du Verbe de Dieu sur la croix n’est pas « Où es-tu ? »

Non, le dernier mot de Jésus, c’est « Tout est accompli ». « Tout est accompli » : voilà l’ultime parole du Christ en croix, dans l’évangile selon saint Jean. Oui, « tout est accompli », car « moi, dit Dieu, je t’ai trouvée ». L’amante n’est plus perdue, car le Bien-Aimé s’est engouffré jusqu’au plus profond des ténèbres pour la rejoindre.

Oui, « tout est accompli », parce que l’Amour va chercher Adam aux enfers. Voici l’heure de la rencontre tant attendue depuis le commencement du monde.

Voici l’heure pour nous de caresser le bois de la croix, de poser amoureusement nos lèvres sur le bois de la croix, ce bois signe de l’Amour infini de Dieu qui nous a cherchés et sauvés.