13 septembre 2026 – XXIVe dimanche du temps ordinaire
« Le fils préféré »
C’est l’histoire d’une fratrie de 3 garçons. Ils se retrouvent à l’âge adulte au moment du décès de leur père, alors que leur mère est déjà décédée.
Et reviennent ainsi des souvenirs d’enfance, et la jalousie des deux aînés vis-à-vis de leur jeune frère : il était le préféré. Le petit dernier, qui a eu ce que les autres n’auraient pas pu espérer. Mais pourquoi était-il si choyé par leur père ? Ce n’est pas parce qu’il lui ressemblait. Non, c’étaient plutôt les deux aînés qui avaient hérité des traits de son visage, de ses attitudes.
Alors, c’est avec cette animosité qu’ils se retrouvent chez le notaire et c’est là qu’ils apprennent que le jeune frère a été reconnu tardivement par leur père, puisqu’il était issu d’une relation adultérine de leur mère. Cet enfant, qui aurait pu être le symbole de l’humiliation pour ce mari, a été regardé pour lui-même, innocent de son origine, gâté par son père, parce qu’il aurait pu être rejeté, parce que ce mari avait pardonné à sa femme son infidélité.
Ici, nous sommes tous le fils préféré !
Devrais-je pardonner jusqu’à sept fois dit saint Pierre ?
« Jusqu’à 70 fois 7 fois » lui répond Jésus. Et la parabole qui suit ne nous parle que de déraisonnable. Déjà pardonner 490 fois (70 fois 7 fois) c’est énorme. Et que dire de 60 millions de pièces d’argent ? Alors comment comprendre ce déraisonnable auquel nous sommes appelés puisque « Dieu le Père du ciel de Jésus » nous traitera selon le pardon que nous accorderons à nos frères ?
Cette parabole est la première d’une suite, que nous entendrons, à 2 exceptions près, jusqu’à la fin de l’année liturgique, avec, le dimanche du Christ-Roi qui sera l’apothéose et la parabole du jugement dernier. « Venez les bénis de mon Père ; ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. »
Toutes ces paraboles nous parlent du royaume des Cieux, y compris celle d’aujourd’hui. C’est donc dans la perspective d’entrer dans le royaume de Dieu que se présente la question du pardon.
Qu’est-ce qui nous permet d’entrer dans ce royaume ?
Ce ne sont pas nos bonnes actions. C’est d’abord parce que nous avons été réconciliés avec Dieu par le Christ, qui a offert sa vie. Chacun de nous, par le baptême, a été exonéré de cette dette originelle : un don immense, incommensurable, qui peut être estimé comme une forte somme d’argent, 60 millions de pièces d’argent. Voilà, ce qu’il faut comprendre de ce montant exorbitant de la somme due au roi qui vient régler ces comptes. Quand Dieu règle ses comptes, il ne se montre pas comme un juge comptable ; il exerce sa miséricorde.
La raison voudrait que les dettes soient payées. Le cœur veut que le débiteur puisse vivre, et vivre librement, correctement, sans arriérés. La parabole le dit « saisit de compassion ». La compassion, c’est quand on éprouve les mêmes sentiments que celui qui se trouve en face de soi : « com-passion », « souffrir avec » parce qu’on aime. Quand on aime quelqu’un et qu’on le voit tomber, physiquement ou moralement, on éprouve plus de compassion que de jugement moral. C’est le regard des compagnons du deuxième serviteur.
Remettre la dette ou remettre une offense, c’est manifester sa bonté. Et le bon, qui se diffuse, doit être perçu d’abord par l’offenseur. C’est ce qui a manqué au premier serviteur : « serviteur mauvais ! Je t’avais remis toute cette dette… ». Dans sa cupidité, il n’a vu que le don qui lui était fait : 60 millions de pièces d’argent, quelle aubaine ! sans voir la bonté du donateur. Il est resté un serviteur mauvais au lieu d’être gagné par la bonté du roi.
C’est l’exhortation que nous avons entendu de Paul dans la 2e lecture : « frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même et aucun ne meurt pour soi-même. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur. Ainsi dans notre vie comme dans notre mort nous appartenons au Seigneur ». Nous lui appartenons parce qu’il nous a rachetés, il nous a même « rachetés très cher », dit saint Paul aux Corinthiens : plus que 60 millions de pièces d’argent. La vie de son Fils, qui était déjà le Fils préféré.
Frères et sœurs, cette parabole nous appelle à regarder toujours plus l’amour que Dieu nous porte, lui qui nous a rachetés du péché originel pour nous faire entrer dans son Royaume. C’est en découvrant toujours plus cet amour que notre cœur deviendra bon, que nous serons de bons serviteurs et que notre cœur sera prêt à pardonner les offenses de nos frères. Amen.