12 juillet 2026 – XVe dimanche du temps ordinaire
Vous vous dites probablement intérieurement que je me fatigue pour rien… et qu’aujourd’hui ce n’est vraiment pas la peine de faire une homélie ! Et à vrai dire, j’hésite encore…
En effet l’homélie sert à expliquer la Bible, l’Évangile, à montrer le rapport entre ce que dit la Sainte Écriture et ce que nous vivons. Or aujourd’hui tout était clair :
- Non seulement Jésus a proposé une parabole, une petite histoire, claire en elle-même : un semeur qui jette sa semence au bord du chemin/ sur un sol pierreux/ dans les ronces/ et enfin dans la bonne terre, là seulement où elle porte du fruit.
- Mais de plus, et c’est rare, Jésus en donne lui-même l’explication : le semeur, c’est Dieu ; le terrain, c’est nous ; et Dieu jette sa parole, Dieu vient nous rencontrer ; mais souvent nous ne l’accueillons pas, ou nous nous laissons envahir par d’autres choses.
Vous avez donc raison, ce n’est pas la peine de faire d’homélie, car tout est très clair dans l’évangile que nous venons d’entendre…
Il y a cependant peut-être un seul point pas très clair : pourquoi le semeur sème-t-il aussi mal ? Pour tous ceux qui, comme moi, sont d’un milieu agricole, ou pour ceux qui cultive leur jardin aussi… voilà une aberration : semer n’importe où, semer autant dans la bonne terre que dans une terre non préparée, non fertile. C’est absurde ! Pourquoi le semeur (Dieu) ne sème-t-il pas uniquement dans la bonne terre, mais aussi sur le chemin, dans les ronces, dans les pierres ? Pourquoi Dieu s’adresse-t-il aussi à ceux qui ne peuvent le recevoir ?
- Si Dieu sème aussi mal, c’est peut-être tout d’abord parce que Dieu respecte notre liberté. Lui, il sème partout ; si cela ne pousse pas, ce n’est pas de son fait, c’est à cause de la terre plus ou moins accueillante à la semence.
Comme le dit saint Jean Chrysostome, « si les grains ne sont pas arrivés dans toutes les âmes, ce n’est point la faute du laboureur, mais de ceux qui n’ont pas voulu se changer. Il a accompli avec un soin entier ce qui dépendait de lui ».
Dieu respecte notre liberté, Dieu attend que nous fassions ce qui dépend de nous, Dieu ne nous force pas. C’est réconfortant, c’est souvent exigeant, c’est parfois désolant quand nous usons mal de cette liberté si gracieusement accordée.
- Si Dieu sème aussi mal, c’est peut-être aussi parce que Dieu espère que nous changerons.
Si le semeur sème largement, même dans les terres pierreuses ou pleines de ronces, c’est qu’il sait qu’une terre n’est pas définitivement pleines de cailloux ou de ronces ; les cailloux ou les ronces, cela s’enlève et alors le grain tombé peut porter du fruit.
Comme l’affirme le même Jean Chrysostome : « Les pierres les plus dures peuvent se changer en une terre très fertile. Les chemins les plus battus peuvent n’être plus foulés aux pieds, ni exposés à tous les passants, mais devenir un champ bien préparé et bien cultivé. Les épines peuvent disparaître pour faire place à la semence, afin que le grain croisse et pousse en haut, sans qu’il trouvé rien qui l’empêche de monter ».
Ce n’est pas parce que, à un moment de notre vie, nous n’avons pas bien reçu la parole de Dieu dans la terre de nos vies, que c’est désespéré. Si nous cultivons un peu mieux cette terre de nos cœurs, en arrachant les ronces de nos désirs envahissants, en enlevant les pierres de nos égoïsmes… alors la parole de Dieu pourra porter du fruit, alors l’action de Dieu nous transformera.
C’est peut-être espérant cela que Dieu sème même dans le cœur de celui qui n’est pas prêt à l’accueillir aussitôt.
- Si Dieu sème aussi mal, c’est peut-être enfin pour que nous aussi semions comme lui, largement, sans nous limiter aux terres qui porteront d’emblée du fruit.
Nous sommes souvent tentés de rendre service, d’aider, au fond d’aimer ceux qui sont reconnaissants, ceux qui en tirent profit … et pas les autres.
Nous sommes souvent tentés d’aimer uniquement ceux qui nous aiment en retour.
Mais Dieu, qui sème largement, nous invite à aimer largement, à aimer sans savoir si nous serons aimés en retour ; en remettant notre vie sans savoir ce qu’il adviendra de nous.
Comme le semeur, nous savons que ce n’est pas parce que notre amour n’est pas reçu aujourd’hui … qu’il ne le sera pas demain. Peut-être que l’autre accueillera mieux demain ce qu’il n’a pas bien accueilli aujourd’hui.
Voilà peut-être pourquoi Dieu sème aussi mal. Voilà pourquoi il est bon que Dieu sème mal.
Mais, en dehors de ce point de détail, l’évangile d’aujourd’hui était de fait très clair… et c’est pourquoi vous aviez raison : ce n’était vraiment pas le peine de faire une homélie !