Chanoines réguliers de Prémontré
13
Sept
S. Jean Chrysostome, évêque et docteur
Écrit par f. Norbert

30 août 2026 – XXIIe dimanche du temps ordinaire

Dimanche dernier, Jésus était très cordial à l’égard de saint Pierre. Il lui adressait même une béatitude : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Jésus soulignait que Pierre avait bien compris qui Jésus était vraiment : pas Jérémie, ni Jean-Baptiste, ni un des prophètes, mais le Christ, le Messie. En substance, Jésus disait à Pierre que cette juste compréhension de son identité ne venait pas de lui-même, de l’homme Pierre, ni même d’aucun homme (« ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela »). Bien plutôt, cette juste compréhension de son identité lui était révélée par le Père. Donc si le Père adresse directement des révélations à Pierre, c’est qu’il n’est pas n’importe qui. L’évangile de dimanche dernier mettait le prince des apôtres sur un piédestal, il le valorisait.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, en revanche, il n’y a plus rien de tel. C’est le moins qu’on puisse dire ! « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » C’est un tête-à-queue, une volte-face. Un coup, les pensées de Pierre sont inspirées par Dieu, un autre coup elles sont inspirées par des hommes, ce qui mérite même à Pierre d’être nommé Satan.

Tâchons de comprendre ce qui a produit ce changement d’appréciation de Jésus sur Pierre, avant de voir en quoi cela concerne notre vie chrétienne.

1/ Jésus nomme Pierre Satan et lui reproche d’avoir des pensées humaines plutôt que divines après que Pierre a souhaité que Dieu préserve Jésus de la Passion. Autrement dit, Pierre ne veut pas que Jésus souffre la Passion, et meurt. La semaine dernière, il confessait Jésus comme le Christ, certes, mais il n’avait pas encore saisi que le Christ devait souffrir. Pour lui, le Christ, parce qu’il était envoyé par le Père, était glorieux et victorieux, tout puissant. Et il ne pouvait être que glorieux et victorieux, tout puissant.

Dans le logiciel intellectuel de Pierre, qui est un bon juif, le Messie ne peut pas souffrir, ni mourir. Sinon, c’est qu’il n’est pas le Messie. Pour Pierre, la souffrance et la mort agissent comme des épreuves de vérification, comme des tests : tu souffres, tu es un homme. Peut-être un grand homme. Peut-être même un prophète, c’est-à-dire un homme envoyé par Dieu auprès des humains. Mais pas le Messie. Car le Messie gagne et ne souffre pas, ni ne meurt. C’est la différence entre un prophète et le Messie dans la pensée juive : le prophète souffre et meurt ; le Messie ne souffre ni ne meurt. Car le prophète est humain plutôt que divin, alors que le Messie est divin plutôt qu’humain.

C’est le grand enseignement de l’évangile de ce jour, c’est la leçon que Jésus donne à Pierre et que Pierre n’a pas encore assimilée : le Messie va vivre la Passion et ressusciter. Jésus est un roi dont le trône est la croix et dont la couronne est sertie d’épines. S’il lui faut traverser la Passion et mourir, c’est pour ressusciter. Car il n’y a pas de résurrection s’il n’y a pas de mort ; elle en est le préalable nécessaire. On n’atteint jamais le sommet de la montagne sans en passer par un chemin sinueux et escarpé qui paraît ne jamais finir. Jésus annonce sa mort comme une étape vers la manifestation de son identité et de sa mission ; elle est le préalable de sa résurrection, elle est la condition de notre salut.

2/ En quoi cela concerne-t-il notre vie chrétienne ? Jésus semble en faire une application directe : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Attention cependant : il ne s’agit pas d’appeler à la souffrance. Ni même de spiritualiser la souffrance, disant en quelque sorte : « heureux êtes-vous, braves gens qui souffrez, car vous êtes configurés au Christ qui a souffert avant vous. » Il s’agit plutôt de dire que le chrétien qui veut vraiment mettre ses pas dans ceux du Christ, qui veut marcher du plus près possible du Christ, est exposé à la souffrance. C’est l’expérience que le prophète Jérémie décrit dans la première lecture : « À longueur de journée je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi. À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie. » Vous me direz que Jérémie aime se plaindre, ce n’est pas faux. Mais l’expérience qu’il décrit est souvent la nôtre : comme lui nous avons été « saisis » par Dieu, comme lui nous voulons témoigner de lui dans le monde par toute notre vie, comme lui nous sommes exposés aux railleries, aux moqueries et aux insultes. Souvent aussi à l’indifférence, qui est sans doute plus sournoise que l’opposition frontale. En cela, le chrétien, tout comme Jérémie, est configuré au Christ, il éprouve lui-même douleur et souffrance.

Chers frères et sœurs, l’exhortation de Paul aux Romains, que nous avons entendue dans la deuxième lecture, est un grand encouragement : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. » Au terme des vacances, au moment de reprendre le chemin du travail, la route de l’école, du collège ou du lycée, l’Évangile nous presse de témoigner par toute notre vie, par nos actes et par nos paroles, de ce que Jésus est le Christ, le Sauveur : il est mort pour me sauver, et toi aussi, et chacun de nous. Mardi, c’est la rentrée des classes. Cette semaine, c’est la reprise du travail. Qu’est-ce que je veux changer dans ma vie ? À quoi dois-je renoncer ? Comment vais-je témoigner ?