Chanoines réguliers de Prémontré
24
Août
S. Barthélémy, apôtre - Fête
Écrit par f. Norbert

2 août 2026 – XVIIIe dimanche du temps ordinaire

Au milieu de l’été, il est bon de s’adonner aux devoirs de vacances, pour entretenir nos petites méninges. Je vous propose deux exercices de mathématiques. Ce n’est pas ma spécialité, certes, les frères pensent tellement fort : « il va encore se planter dans les chiffres », que je les entends quasi-distinctement. Mais je me jette à l’eau.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, il y a 5 000 hommes, sans compter nous dit-on les femmes et les enfants. Première question : combien étaient-ils en tout autour de Jésus ? Si on suppose que presque tous ces Messieurs étaient mariés, on arrive à environ 10 000 personnes adultes. Les démographes et les archéologues estiment qu’en Judée, à l’époque de Jésus, c’est-à-dire au premier siècle de notre ère, un couple a entre trois et cinq enfants en moyenne. Donc, combien étaient-ils au total ? Puisqu’il y a environ 5 000 couples et que chaque couple a en moyenne entre trois et cinq enfants, on peut raisonnablement estimer le nombre d’enfants entre 15 000 et 25 000 – ce qui devait être assez bruyant, d’autant plus qu’il n’y avait pas de sacristie paroissiale avec jeux pour les enfants diffusion de l’homélie en simultané ! Donc 15 000 à 25 000 enfants ajoutés aux 10 000 adultes, on parvient à une fourchette globale d’entre 25 000 et 35 000 personnes – à titre de comparaison, on ne peut pas faire entrer plus de 7 000 personnes dans le Zénith de Paris.

Second problème mathématique : quelle quantité de nourriture a-t-elle été absorbée au cours de ce déjeuner sur l’herbe ? Supposons que les statistiques n’ont pas changé depuis 2000 ans, qu’un homme consomme donc en moyenne 200 g de pain par repas, une femme 150 g et un enfant 100 g, je parviens à un poids total de 4 250 kg. 4,25 tonnes de pain, c’est l’équivalent de 17 000 baguettes ! Dans ma grande bonté, je vous fais grâce du calcul du poids total du poisson, et je vous donne directement le résultat : à supposer que les conseils nutriscore n’ont pas changé depuis l’époque de Jésus, le repas pour 35 000 convives suppose 3,5 tonnes de poisson. 

Quelles conclusions tirer de ces petits calculs, qui donnent le tournis ? Primo, Jésus aurait fait un merveilleux intendant pour un camp scout, car partant de cinq pains et deux poissons, il nourrit une foule immense. Vous aurez remarqué que la foule est rassasiée, mais qu’il y a du surplus : douze paniers remplis à ras bord.

Secundo, et plus sérieusement, Jésus fait comme le prophète Élisée. Dans le second livre des Rois, Élisée multiplie déjà les pains. Il nourrit 100 personnes à partir de vingt pains d’orge. « Élisée dit alors : « Donne les vingt pains d’orge à tous ces gens pour qu’ils mangent. » Son serviteur répondit : « Comment donner cela à cent personnes ? » Élisée reprit : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : On mangera, et il en restera. » Alors, il le leur donna, ils mangèrent, et il en resta, selon la parole du Seigneur » (2 R 4,42-44). Chers frères et sœurs, Jésus met ses pas dans ceux d’Élisée. Comme lui, il multiplie les pains ; comme lui, il rassasie les foules. Jésus est présenté sous les traits d’un prophète, il est le nouvel Élisée.

Tertio, Jésus va plus loin qu’Élisée, il accomplit la promesse. Il ne nourrit pas seulement 100 personnes, mais plusieurs dizaines de milliers de personnes ! Il est le Messie, le seul qui peut combler notre faim au-delà de nos besoins, puisqu’il y a du reste. Ce que l’évangile de ce dimanche nous dit, c’est la surabondance du don de Dieu ; c’est presque inimaginable, cela dépasse l’entendement. Un seul homme, nourrir une telle foule, avec trois fois rien ? C’est bien la preuve qu’il est le Messie.

Quarto, cette multiplication des pains se réalise à chaque eucharistie, le rassasiement des foules se réalise à chaque messe. Vous avez remarqué l’enchainement des verbes : « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples. » Ce sont les verbes de la sainte Cène, au cours de laquelle Jésus a livré sa vie, ce sont les verbes qui nous introduisent à la Pâques, à la livraison du Fils pour notre salut, ce sont les verbes de nos eucharisties. Nous les entendrons à nouveau dans quelques instants. Et nous autres, qui entourons l’autel, comme les disciples de Jésus nous prendrons le pain pour vous le donner, pour vous rassasier. Dieu se donne. Et Dieu ne peut pas se donner à moitié ; il donne toujours plus que nos besoins, il va au-delà, car c’est lui-même qu’il donne. Voilà le trésor divin, c’est de se multiplier en se donnant. Chers frères et sœurs, considérons le don surabondant de Dieu pour nous. Considérons la démesure de son amour pour nous. Et demandons la grâce d’aimer comme il nous a aimés, de nous donner comme il s’est donné à nous. C’est-à-dire sans compter.