16 août 2026 – XXe dimanche du temps ordinaire
« Ce que femme veut, Dieu le veut » dit un proverbe… un proverbe dont je laisse vérifier la véracité par ceux qui en ont plus l’expérience que moi (les époux et les pères parmi nous) ! L’évangile que nous venons d’entendre semble bien vérifier le proverbe, mais de quelle femme s’agit-il ?
- « Ce que femme veut, Dieu le veut » : cette femme c’est tout d’abord la Cananéenne qui supplie Jésus de guérir sa fille.
Jésus semble en effet d’abord ne pas vouloir la guérir : « il ne lui répondit pas un mot » ; puis il lui dit qu’il n’a pas à s’occuper d’elle : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » ; il la compare même à un chienne/une chienne qui veut voler le pain des autres.
Et pourtant à force d’insistance, cette femme obtient ce qu’elle veut : « que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » s’entend-elle finalement dire par Jésus.
On pourrait donc dire « Ce que la Cananéenne veut, Jésus le veut », comme si elle avait forcé le vouloir de Jésus, mais nous savons bien que Jésus voulait comme elle cette guérison. Son silence de Jésus, son refus initial vise à conduire la femme à se rendre davantage capable de recevoir ce qu’il veut lui donner, comme le remarque Notre Père saint Augustin :
« Le Seigneur feignait de ne pas l’entendre, mais ce n’était point pour lui refuser sa miséricorde, c’était pour enflammer encore son désir ; et non seulement pour enflammer son désir, mais encore, je l’ai déjà dit, pour mettre en relief son humilité[1]. »
- « Ce que femme veut, Dieu le veut » : cette femme, c’est aussi chacune de nos âmes, chacun de nous dans notre relation à Dieu.
Nous aussi, nous sommes parfois confrontés à l’épreuve, et à l’épreuve dans l’épreuve que constitue l’apparent silence de Dieu qui « ne nous répond pas un mot », qui semble s’occuper des autres, mais pas de nous.
Nous aussi, nous devons, comme la cananéenne, persévérer dans la prière, nous obstiner dans la demande : non pas pour informer Dieu de nos besoins (il les connaît mieux que nous…) ; non pas pour l’infléchir à consentir à nous aider (il le veut plus nous…) ; mais pour être mieux à même de recevoir de ce qu’il veut nous donner, comme l’écrit à Proba, le même évêque d’Hippone,
« Le Seigneur notre Dieu n’attend point que nous lui apprenions ce que nous voulons, car il ne l’ignore pas ; mais les prières excitent le désir par lequel nous pouvons recevoir ce que Dieu nous prépare, car ce que Dieu nous réserve est grand, et nous sommes petits et étroits pour le recevoir[2].
On pourrait donc dire « ce que l’âme veut, Dieu le veut », en ce sens qu’en voulant, en désirant davantage, l’âme du croyant se conforme à mieux à recevoir ce que Dieu veut lui donner.
- « Ce que femme veut, Dieu le veut » : cette femme, c’est enfin l’Église, car cette cananéenne si elle figure chacun de nous, figure aussi notre communauté tout entière.
Déjà dans l’Ancien testament, c’est à une relation de femme à époux qu’est comparée la relation du peuple à son Dieu : chez Osée, Jérémie…
Mais ce mariage de Dieu avec l’humanité, c’est dans le Christ qu’il s’accomplit, et les nombreuses femmes de l’évangile (Marie, Marie-Madeleine et la Cananéenne) manifestent la relation de l’Église vis-à-vis du Christ. C’est ainsi que le comprend aussi le même Augustin :
« Remarquez bien, mes frères, comment dans cette femme qui était Cananéenne, c’est-à-dire issue du paganisme et qui était un type ou une figure de l’Église, ressort surtout l’humilité[3] ».
Or, cette femme, image de l’Église, Jésus la compare à un chien : cela peut paraître insultant, mais c’est aussi édifiant :
– le chien, ne parle pas beaucoup, mais « sait bien se faire comprendre par son regard humble et son attitude suppliante » ;
– le chien, c’est aussi celui qui aboie pour ramener les brebis perdues vers leur berger, tout comme l’Église annonce la bonne parole pour ramener les chrétiens vers le Bon pasteur, le Christ ;
– et ce cri que le chien aboie, cette bonne parole que l’Église proclame, c’est sa propre expérience : « je ne méritais rien, mais j’ai supplié : et Dieu m’a aidé. »
Dans quelques instants, nous allons nous aussi dans l’eucharistie supplier le Seigneur de venir parmi nous, et redire comme la Cananéenne : « Prends pitié de moi, Seigneur », « Seigneur, viens à mon secours ! »
– que cette communion nous donne le don de persévérance dans la prière, quand Dieu semble silencieux, le don d’une prière de désir et d’humilité ;
– que cette communion donne à chacun et à notre Église la force de témoigner de notre expérience, de notre foi ;
– en attendant le jour où face à Dieu, nous ne serons plus au pied de la table du maître, mais installés au festin des noces de l’Agneau, le jour où la femme qu’est notre âme, l’épouse qu’est notre Église, sera tellement unie à son époux le Seigneur qu’ils parleront d’une même volonté, d’une seule voix : « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ».
[1] Augustin d’Hippone, Sermon 77, 1.
[2] Augustin d’Hippone, Lettre 130, 17.
[3] Augustin d’Hippone, Sermon 77, 11.