22 mars 2026 – Ve dimanche de Carême
Frères et Sœurs, chacun de nous a rendez-vous avec elle, un certain jour, à une certaine heure. Date et instant que nous ne connaissons pas, mais qu’elle seule connait. Peut-être l’avons-nous déjà rencontrée, croisée, mais nous ne nous sommes pas attablés ensemble. Le jour où nous nous rencontrerons, au moment de ce face à face attendu mais non désiré, nous entrerons dans une situation irréversible, tant pour nous que pour nos proches. Comment vivre ou apprivoiser cette voisine envahissante. Comment supporter patiemment cette idée qui en fait nous dérange ? Aussi paradoxal que cela puisse être, comment pouvons-nous supporter de vivre dans un environnement dont la fin est notre mort, ou celle d’un ami, d’un parent, d’un enfant ?
Saint Benoit au quatrième chapitre de sa règle invite ses frères avoir chaque jour la menace de la mort devant leurs yeux. Mais…..aimer la mort, comment est-ce possible ? N’y a-t-il pas là révolte ou rébellion ? Car nous ne savons aimer que ce qui est vivant et non ce qui est mort. Alors peut-être qu’il faut faire d’elle, il faut faire de la mort une vivante et l’emmener sur le terrain de l’amour.
A bien y réfléchir, la mort est une dimension essentielle de toute vie car elle en dit la limite. Elle nous pousse au sein d’un espace restreint pour évoluer mais pour autant n’est-ce pas elle qui ouvre une porte. N’est-ce pas elle qui élargit l’espace que je crois réduit, en donnant une toute autre dimension à ma vie, puisqu’elle m’entraine vers un au-delà.
Il en est un, frères et sœurs qui a porté la mort, qui l’a vécue et traversée, qui l’a refusé puis accepté pour nous transformer. La mort ne peut se révéler vivante qu’à travers une personne vivante, le Christ seul peut nous ouvrir pareille perspective.
La vie, la mort, deux grand mots écrivez mots/maux comme vous le voulez, mais deux grandes énigmes pour nos intelligences et nos cœurs pauvres. Instinctivement, nous remettons bien souvent et toujours à plus tard notre confrontation avec elle. Mais l’évangile de ce jour nous y invite.
A son amie Marthe angoissée venue précipitamment à la rencontre du Christ lui annoncer la mort de son frère Lazare, Jésus réponds : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra même s’il meurt, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ?[1] De la mort, de la souffrance, nous n’avons pas d’explications, qui en aurait ? Sinon d’entendre Paul Claudel dire que Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, Il n’est pas venu l’expliquer, mais Il est venu la remplir de Sa présence. S’il n’y avait plus ce mystère, parlerions-nous encore de foi et d’espérance, car il s’agit justement d’interpeller notre foi, d’entrer dans la confiance, celle d’un témoignage, pour emprunter un chemin inconnu.
Jésus interpelle Marthe avec seulement trois mots : « le crois-tu », à travers cette femme c’est chacun de nous que le Christ interpelle : Croyez-vous en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui est né de la Vierge Marie, a souffert la Passion, a été enseveli, est ressuscité d’entre les morts, et qui est assis à la droite du Père ? Ce sont les mots de la profession de foi à laquelle nos parents, parrains et marraines ont répondu au jour de notre baptême. A nous hommes et femmes du XXI° siècle le Christ aujourd’hui nous demande si nous croyons que Lui le Ressuscité donne un sens à notre mort et ….. si cela change le sens de notre vie.
Avec Marthe c’est une réponse quelque peu dogmatique je sais qu’il ressuscitera à la résurrection au dernier jour. C’est une réponse ferme mais qui n’est pas immédiatement passé par le cœur, c’est la tête qui parle, là où Marie, apprenant que le Christ est arrivé se lève vite et cours au-devant de Lui. Elle a laissé parler son cœur en se laissant choir d’imploration à ses pieds, elle a foi en lui, en son action. Une foi telle qu’il ne lui est pas demandé si elle croit, c’est implicite, son cœur parle avant sa raison.
Lazare lui répond à l’injonction du Christ l’appelant à sortir de son tombeau. Lazare dont le prénom signifie « Dieu vient en mon aide », lui, c’est l’homme qui a besoin du secours de Dieu et à qui Jésus dit lève-toi, réveille-toi, sors de la ténèbre, viens à moi qui suis la Lumière et la Vie. En sortant de sa sépulture, Lazare vient accomplir cette prophétie de Saint Jean : Elle vient l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l’Homme et en sortiront[2].
Ce qui compte pour le Christ c’est que chacun puisse être conduit à voir la gloire de Dieu, or elle ne s’obtient que pour celui qui croit Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu dit-il à Marthe, de même dans la réponse à ses disciples au moment où on lui annonce la maladie de Lazare il répond, cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu. Ce que le Christ cherche c’est notre confiance, notre foi, comme s’il voulait enlever les bandelettes de méfiance qui sont dans notre cœur et sur nos yeux.
Marthe et Marie, que ce soit par l’intelligence ou par le cœur, croient en la résurrection, mais au dernier jour, donc dans le futur, le Christ réplique au présent : Je suis la résurrection et la vie.
Dans quelques jours, nous vénèrerons la croix, tout à la fois comme bois du supplice, bois qui a porté le Christ, mais bois qui porte la vie.
Avec Saint Paul nous pourrions certes nous exclamer : Mort où est ta victoire ? Mais surtout frères et sœurs, le Maître est là, il nous appelle, il appelle à la Vie.
[1] Jn 11, 25-26
[2] Jn 5,28