11 janvier 2026 – Baptême du Seigneur
Frères et sœurs aujourd’hui si je dis « bon anniversaire Christine », je sais à qui je m’adresse. Mais de quel anniversaire s’agit-il ? A quelle naissance est-ce que je fais référence ? Si je dis bon anniversaire à Lilas, Isadora, et Alexio, je fais aussi référence à leur naissance, mais s’agit-il du même anniversaire ? S’il y a bien des opportunités pour faire mémoire d’un anniversaire, tous n’ont à priori pas nécessairement le même poids. Entre une naissance physique, dans un corps que le temps altère, et une naissance à une vie nouvelle dégagée de toute emprise temporelle ce n’est pas tout à fait la même chose. Alors oui aujourd’hui Lilas, Isadora, et Alexio fêtent l’anniversaire de leur naissance dans le Christ, ils sont devenus enfants de Dieu par leur baptême, quant à Christine, elle fête son anniversaire de naissance dans la chair. Et vous aurez compris à la dissemblance des prénoms qu’il y a une certaine différence de génération entre eux tous. Mais Corneille dans le Cid ne faisait-il pas dire à Rodrigue « Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » ?
Nous avons fêté il y trois semaines la naissance du Christ en notre chair, nous nous sommes réjouis au jour de la Nativité que Dieu se soit fait homme. En ce jour, nous fêtons le baptême de Celui qui n’est plus un enfant puisqu’il s’est écoulé dans sa vie à peu près une trentaine d’années depuis la crèche pour se retrouver d’après l’évangile immergé dans le Jourdain.
Ce n’est plus un enfant que l’on vient adorer, comme les mages à l’Épiphanie, mais un adulte qui s’il sort de l’eau et est appelé « mon fils bien aimé » est aussi celui qui sort du silence.
Une sortie du silence, puisque dans l’évangile de Saint Matthieu c’est la première fois que Jésus prend la parole pour dire à Jean « laisse faire pour l’instant, car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice ». Jusque là Jésus est un homme ordinaire, homme parmi les autres, connu de sa famille et de ses amis. En venant au baptême, il se place au rang des pêcheurs non pour en devenir un, mais parce qu’il n’a pas honte d’être assimilé à ce que nous sommes. Mais justement pour nous tirer de notre propre péché, vers la lumière et la vie en plénitude.
En venant se faire baptiser par son cousin, qui d’ailleurs s’oppose à ce baptême, Jésus assume en quelque sorte la part d’humanité qui est similaire à la nôtre. Accomplir toute justice ou faire ce qui est juste : n’est-ce pas être en correspondance avec la volonté de Dieu ? Pour Jésus en venant vers Jean-Baptiste avec la foule qui vient à lui pour être baptisé il fait corps avec la multitude, encore inconnu du monde, mais porteur de son indicible secret.
Pour Jean-Baptiste, la demande de Jésus est un peu une surprise. Quelques versets auparavant il annonçait que « celui qui vient derrière moi est plus fort que moi donc je ne suis pas digne de lui enlever ses sandales ». Jésus ne vient pas se placer au-dessus de lui, bien plus en-dessous de lui. Concrètement Jean-Baptiste avait une attente, celle d’un Messie tout puissant, voilà que celui qui se présente à lui est tout à fait différent. Véritable inversion des rôles, retournement de situation ou instant de conversion ? Souvenez-vous d’un épisode plus tardif dans la vie du Christ, au moment du lavement des pieds avec Saint Pierre ; le jour du jeudi saint « Toi Seigneur me laver les pieds ? Jamais ! »[1] Pierre résiste au fait de voir son maître se prosterner à ses pieds, tout comme Jean Baptiste finalement.
Ce plongeon, puisque tel est le sens du terme grec baptême, baptizo, dans les eaux basses et profondes du Jourdain, voilà de quoi voir symboliquement la descente du Christ au fond de la mort et des enfers. Il est descendu si bas, qui pourra le suivre de si près ? Au jour de sa Résurrection, les Pères de l’Église voient une similitude entre la descente dans l’eau et sa plongée dans la mort. Finalement le baptême c’est comme une anticipation de la Pâque du Christ et de notre propre salut. Ce que Jean-Baptiste, Pierre, et probablement nous-mêmes avons du mal à comprendre, c’est que Dieu sauve, oui, mais en s’abaissant.
Si Jean annonçait et dispensait un baptême de conversion, alors que fait Jésus ? Ce baptême était-il pour lui en quelque sorte ? En avait-il besoin ? Mais ce n’est pas tant pour Lui-même que Jésus est baptisé, mais nous pourrions dire qu’il est baptisé pour nous et à cause de nous. A son baptême Jésus reçoit l’Esprit Saint, don de Dieu par excellence, et le don de Dieu c’est de savoir se donner. Donner sa vie, se donner soi-même entièrement. Dieu se donne à nous par son fils bien aimé qui a toute sa faveur. Saint Paul en s’adressant aux Romains leur expliquait : Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts.[2]
A partir de son baptême, le Christ inaugure sa mission, sa prédication, son annonce du Royaume. Au moment de notre baptême, le ministre en nous signant sur le front avec le Saint Chrême dit que nous sommes membres du Corps du Christ et que nous participons à sa dignité de prêtre de prophète et de roi. Jean-Baptiste était un prophète. Est prophète celui qui « parle au nom de » ou qui « parle devant » Comme baptisé vous parlez « au nom de Dieu », par exemple en annonçant sa Parole. Vous êtes prophètes quand vous êtes capables de « parler de Dieu devant les autres ». Comme baptisé il y a donc en vous une intrinsèque vocation prophétique et missionnaire. L’Église est le lieu d’apprentissage et de croissance de la foi personnelle, et votre foi vient alimenter et faire grandir l’Église. L’un ne peut aller sans l’autre. Dans le baptême il y a deux dimensions, la dimension personnelle et la dimension communautaire. Dans les temps qui sont les nôtres cela questionne notre manière de vivre notre baptême dans nos lieux de vie au travail ou dans nos familles, mais aussi au sein de relations.
Puissions-nous frères et sœurs en participant à ce sacrement de l’eucharistie être conduits à nous « laisser faire » par Celui qui s’est donné pour nous, et qui par le baptême habite en nous.
[1] Jn 13,6
[2] Rm 6,4