Chanoines réguliers de Prémontré
28
Jan
S. Thomas d'Aquin
Écrit par f. Norbert

18 janvier 2026 – IIe dimanche du temps ordinaire

« Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ». C’est ce que dit Jean le Baptiste dans l’évangile que nous venons d’entendre. Cette petite phrase condense en fait toute la vie chrétienne. Elle nous donne un programme, une feuille de route. Ce programme de vie a deux dimensions : (1) « Moi, j’ai vu » ; (2) « Moi, je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ». Réfléchissons à ces deux aspects proposés par le Baptiste, et voyons en quoi ils peuvent informer, réorienter ou booster notre vie chrétienne.

« Moi, j’ai vu », dit saint Jean-Baptiste. Oui, mais que voit-il ? Le texte de l’évangile est précis. J’en relis le premier verset : « voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara (…) ». Ce que Jean voit, c’est donc Jésus venir vers lui ; c’est Jésus qui s’approche de lui. Un peu plus loin dans l’évangile, Jean-Baptiste ajoute : « Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Ce que Jean voit, c’est la manifestation de Dieu, c’est l’épiphanie de Dieu, puisque vous savez que « manifestation » est la traduction en français du mot grec « épiphanie ». Jean voit Dieu se manifester aux hommes. Ce que Jean voit, c’est l’Esprit saint qui descend du ciel sous la forme d’une colombe et demeure sur Jésus, révélant ainsi qu’il est le Christ, le Messie. « C’est lui le Fils de Dieu. »

« Moi, j’ai vu, et je rends témoignage », continue saint Jean-Baptiste. Jean-Baptiste ne garde pas pour lui ce qu’il voit, il l’annonce, il le partage à ses disciples. Jean-Baptiste témoigne dans toute sa vie, jusqu’à l’effusion de son sang, jusqu’au martyre. Car « témoignage » est la traduction en français du mot grec « martyre ». « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu », termine saint Jean-Baptiste. Le témoignage a un contenu objectif, une référence personnelle. Il ne repose pas sur nos sentiments ou nos émotions, mais sur un autre que nous. Ce témoignage ne repose pas sur nous, mais sur ce qu’il a fait pour nous : « il est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », il est celui qui nous libère.

Et nous, mes amis ? En quoi le programme de vie chrétienne déployé par Jean le Baptiste nous concerne-t-il ? « Moi, j’ai vu ». Frères et sœurs, nous aussi nous voyons Jésus. Bien sûr, nous ne le voyons pas de la même manière que Jean. Il ne va pas ouvrir maintenant la porte de cette église et s’asseoir sur un banc de la nef au milieu de nous. Non ! Mais il se fait voir maintenant à nous sur la table de la Parole et de l’Eucharistie. Il se donne à nous dans sa Parole et dans son Eucharistie. Il nous rejoint ainsi. Il se rend présent au milieu de nous. Au plus haut point sous les espèces eucharistiques à l’autel. Mais aussi dans sa Parole qui vient d’être proclamée à cet ambon et qui nous est donnée en nourriture. D’ailleurs, après que l’évangile a été proclamé, on vous a dit : « Acclamons la parole de Dieu », et vous avez répondu : « Louange à toi, Seigneur Jésus. » C’est dire que vous l’avez reconnu présent personnellement dans la Parole proclamée ici, vous lui avez répondu personnellement. Sur ce point, il est bon de répéter la grande affirmation de saint Jérôme, reprise par Benoît XVI dans l’exhortation Verbum Domini : « Le corps du Christ et son sang sont vraiment la Parole de l’Écriture, c’est l’enseignement de Dieu. Quand nous nous référons au Mystère eucharistique et qu’une miette de pain tombe, nous nous sentons perdus. Et quand nous écoutons la Parole de Dieu, c’est la Parole de Dieu et le Corps et le Sang du Christ qui tombent dans nos oreilles et nous, nous pensons à autre chose. Pouvons-nous imaginer le grand danger que nous courons ?[1] » Oui, le Seigneur Jésus se donne à nous sur la table de la Parole et de l’Eucharistie. C’est ainsi que nous le voyons.

« Moi, je rends témoignage. » À notre tour, à la suite de Jean, nous sommes invités à témoigner. Nous ne serons probablement pas appelés au martyre comme Jean-Baptiste. Notre martyre, c’est l’annonce de notre foi autour de nous, dans nos familles, dans nos écoles, sur nos lieux de travail, dans nos engagements associatifs ou publics : nous autres chrétiens, devons témoigner à la terre entière que l’Agneau de Dieu, c’est le Sauveur du monde. Le témoignage est peut-être rendu plus compliqué aujourd’hui, dans un monde qui, souvent, ne voit plus Jésus, qui ne reçoit plus le témoignage, ou qui lui reste indifférent. Souvenez-vous de la remarque de sainte Bernadette Soubirous à Lourdes, qui témoignait de ce qu’elle voyait – des apparitions de la Vierge Marie à la grotte de Massabielle. « Moi, je suis chargée de vous le dire, pas de vous convaincre. » C’est cela notre mission : témoigner de ce que nous avons vu, témoigner de ce qui nous fait vivre, témoigner de la présence du Seigneur au milieu de nous. C’est notre part du travail. Le travail ne repose pas seulement sur nous, mais le travail ne se fera pas sans nous.

La vie chrétienne est toute simple. « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. » Avec cette phrase de Jean, nous touchons deux grandes dimensions : la vision, c’est la prière ; le témoignage rendu au Fils de Dieu, c’est la mission, c’est l’évangélisation. Au fond, vision et témoignage sont les deux phases d’un même acte, comme l’inspiration et l’expiration sont les deux phases de la même respiration. Nous avons besoin des deux. Ce n’est pas l’un ou l’autre, c’est l’un et l’autre. Chers frères et sœurs, ce matin, réunis dans cette église, nous voyons le Seigneur Jésus se rendre présent. Il vient à nous. « Je rends témoignage ». Cela va commencer dès la fin de la messe. Vous serez envoyés dans la paix du Christ. Cet envoi, c’est un envoi en mission. Maintenant, que chacun réfléchisse à son témoignage. Cette semaine, comment vais-je témoigner ? Qu’est-ce que je vais dire ? À qui je vais le dire ?   


[1] Jérôme, In Psalmum. 147, cité dans Verbum Domini 56.