Chanoines réguliers de Prémontré
18
Jan
Écrit par f. François-Marie

21 décembre 2025 – IVe dimanche de l’Avent

« Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». Ce passage d’Isaïe, cité par saint Matthieu, a retenu mon attention. Isaïe est par excellence le prophète du temps de l’Avent. Or, la situation vécue par le peuple d’Israël à son époque, est pleine de ressemblance avec la nôtre. Elle peut nous aider à mieux percevoir combien Dieu-avec-nous, Emmanuel, continue à être présent à notre temps, à ce que nous avons à vivre aujourd’hui dans notre monde.

Quel est ce contexte ? C’est une situation d’angoisse et de désespoir. Le roi de Juda, qui règne à Jérusalem, Achaz, est tétanisé. La situation internationale est très dangereuse pour lui. Une grande puissance domine, c’est l’empire assyrien, dirigé par un roi très énergique et redoutable, Teglath-Phalasar III. Il annexe des territoires, déporte des populations, impose un lourd tribut aux pays qu’il conquiert et vassalise. Deux rois tentent de s’opposer à cette main mise, ceux de Samarie et de Damas, soutenus par une autre grande puissance, l’Égypte. Ils veulent entraîner le roi de Jérusalem, Achaz, dans leur complot. Celui-ci refuse. Damas et Samarie menacent de le destituer de force. Et ce coup d’état, fomenté par ces « deux rois », fait trembler Achaz. Vous voyez, rien ne change vraiment ! A bien des égards, il est proche de nous, même s’il date du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, ce contexte politique, militaire, économique de grande tension. Et c’est précisément dans ce temps de crise que le prophète Isaïe prend la parole de la part de Dieu, dans ce contexte de peur, de menace et de grande souffrance.

Achaz, pris de panique, n’attend plus rien de Dieu, il est centré sur ses problèmes et Isaïe lui en fait le reproche : ne plus espérer en Dieu, c’est en fait fatiguer Dieu. Dans cette impasse, Dieu lui-même va prendre l’initiative : « le Seigneur lui-même vous donnera un signe : voici que la vierge est enceinte. » Voilà toute l’attitude spirituelle du temps de l’Avent : un décentrement de nous-même, de nos épreuves, de nos efforts même de sainteté, pour nous tourner vers Dieu lui-même qui vient. Isaïe annonce un renversement de situation. « Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien », c’est à dire dans un temps assez court finalement, « la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon ». Et en effet, l’Assyrie va rapidement mater la rébellion des deux rois de Damas et de Samarie. Mais toute la région, y compris Jérusalem, restera sous la dépendance des grandes puissances qui se partagent le monde de l’époque, l’Égypte d’un côté, Ninive de l’autre, elle-même supplantée ensuite par Babylone.

Bref ! Les empires humains se font et se défont. Mais Dieu sauve, non seulement Israël son peuple, mais c’est aussi le salut de toutes les nations qu’il désire. En lui-même le signe ne va pas résoudre le problème politique, mais il renvoie à autre chose : la promesse d’un accomplissement plus profond, l’avènement du Messie, du véritable salut. Jésus est cet Emmanuel, Dieu-avec-nous, annoncé par Isaïe. Et c’est d’un autre salut qu’il est porteur : non pas un salut politique, économique ou militaire, mais « c’est lui qui sauvera son peuples de ses péchés ». Dans un autre passage, Dieu dit, par la bouche d’Isaïe : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »

Nous sommes donc invités à contempler dans l’espérance ce Dieu qui vient dans la fête de Noël. A bien des égards, je l’ai déjà dit, notre situation ressemble à celle du temps du roi Achaz. La situation internationale, comme celle de notre société, est particulièrement chaotique. Et nos vies personnelles ont également leur lot d’épreuves, de maladies physiques, psychiques, de péché. Nous faisons l’expérience que résume saint Paul d’une manière simple : « je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. » C’est dans ce contexte qui est le nôtre, à la fois extérieur et intérieur à nous-même, que la Parole s’accomplit lorsque Dieu vient. Dieu est fidèle. Et ce qui est impossible à nos yeux, Dieu le réalise : le Verbe se fait chair et il vient habiter parmi nous : Emmanuel, Dieu-avec-nous. Il ne s’agit pas d’une solution miracle qui résout tous nos problèmes. Il s’agit de bien plus que cela, Dieu vient prendre sur lui nos fardeaux, nos péchés, pour nous donner part à sa vie divine et nous sauver par son pardon.

Ce qui cause le malheur, tant des nations païennes, que du peuple d’Israël, c’est bien le mal et le péché qui dominent le cœur humain, et qui entraînent les conflits, les guerres, les injustices. Nous nous préparons à accueillir celui qui vient sauver son peuple de ses péchés. Comment nous préparer si ce n’est en nous engageant nous aussi sur le chemin de la conversion. Souvenez-vous du début du temps de l’Avent, nous entendions Jean-Baptiste nous inviter à rendre droit les chemins du Seigneur et à nous convertir. Le temps de l’Avent est donné pour que grandisse en nous le désir de la justice, de la sainteté, de la charité, dans notre vie personnelle, dans nos relations humaines, dans nos familles, dans l’Église, dans la société et dans les relations entre les peuples. Où en est ce désir ?

Demandons à Dieu qu’il fasse grandir en nous ce désir, pour être prêts à ce que Dieu lui-même prépare pour nous ! Amen !