Chanoines réguliers de Prémontré
22
Sept
S. Pierre Maubant, prêtre et martyr

Frère Augustin – Notice biographique

Frère Augustin (Michel) Vercaemst

Chanoine Régulier Prémontré de l’abbaye de Mondaye

(1931-2021)

Michel Vercaemst est né à Saint-André-lès-Lille (Nord) le 23 avril 1931, troisième enfant d’une fratrie de neuf ! Sa famille était originaire de Belgique, son grand-père, marchand de savon, était venu s’établir à Lille. Son père, Jean-Baptiste Vercaemst, coursier dans sa jeunesse à la Voix du Nord, s’était élevé au rang de typographe. Frère Augustin racontait : « C’était un homme exceptionnel, je l’aimais, il chantait magnifiquement. Les copains me disaient : ‘tu en as de la chance d’avoir un père pareil’ ». Peut-être les « copains » l’enviaient-ils surtout parce que ledit père apprenait au jeune Michel, au jardin, en cachette de sa mère, à rouler des cigarettes. Et le futur frère Augustin fut longtemps un grand fumeur…

Sa mère, née Fernande Dron, était une femme cultivée, institutrice de son métier, qui élevait la nombreuse famille avec courage. « Un peu trop portée sur l’école », disait frère Augustin en souriant, car l’enfant rêveur et artiste n’était pas, lui, fanatique des études. Est-ce la mère qui se chargea aussi pour lui d’avoir la vocation sacerdotale ? « Décevoir ma mère, impossible, j’ai continué, continué » disait fr. Augustin, qui fit ses humanités au petit-séminaire d’Haubourdin, puis au grand-séminaire de l’université catholique de Lille (1951-1956).

Michel avait connu l’abbaye de Mondaye par son frère Jean-Marie, qui l’y avait précédé comme novice, mais avait quitté l’abbaye en 1953. Lui-même entra à l’été 1957, fut vêtu de l’habit blanc le 27 août, veille de la fête de Notre Père saint Augustin, dont il reçut le nom. Le novice Augustin fit sa première profession le 1er août 1959, à l’issue de la retraite annuelle de communauté, prêchée cette année-là par Dom Olivier Rousseau, de Chevetogne. Ce qui n’était pas banal, c’était le nombre de novices à faire profession en même temps que lui : les frères Cyrille, Clément, Bruno, Frédéric, Denys, Laurent. Sur les sept jeunes profès, seuls fr. Augustin et fr. Bruno persévéreront. Il est ordonné prêtre le 8 septembre 1962 par Mgr Jacquemin, évêque de Bayeux.

Très vite, en ce début des années 60, on voit le frère Augustin chargé de tâches qui correspondent à ses talents littéraires et artistiques, à sa fine intelligence : bibliothécaire, rédacteur de la revue de l’abbaye, animateur de la chorale paroissiale de Mondaye et de celle de Saint-Julien de Caen, tandis qu’il participe aussi à l’aumônerie étudiante de l’université caennaise, notamment pour la liturgie et l’équipe de la Faculté des lettres. Après la fermeture du prieuré Saint-Julien, fr. Augustin revient à Mondaye pour s’occuper de la paroisse de Juaye-Mondaye (1967-1976).

Ces années 60 sont également pour frère Augustin une plongée – qui durera toute sa vie – dans l’Action catholique du monde rural. Avec les jeunes (MRJC) puis les Chrétiens en monde rural (CMR) en 1968, puis vers la fin, vieillissant avec les agriculteurs qu’il avait connus et suivis toute sa vie,  l’accompagnement des « aînés du CMR ». Il a noué dans ce milieu des amitiés belles et durables. Par ailleurs son engagement pour les petits, les pauvres, plus tard les migrants, les étrangers, le situait dans cette mouvance des « chrétiens de gauche », florissante à l’époque. Jusqu’à ses derniers jours, frère Augustin parlait avec gourmandise, et non sans une pointe d’idéologie, des gens « pas églisiers » : c’était pour lui un grand label de qualité.

À partir de 1971, frère Augustin est également le chantre de l’abbaye et ces années d’après-Concile, qui voient de notables changements dans la liturgie et le répertoire choral, le trouvent à son aise : le frère possède une belle voix de ténor, il compose des chants, souvent à la manière des chorals anciens. Il crée notamment la musique des cantiques de l’Ancien Testament – que nous chantons encore avec bonheur aujourd’hui. L’artiste en lui combat parfois le chanoine régulier : la cloche de l’office sonne, et nul ne sait si le père chantre va apparaître, et s’il apparaît, peut-être composera-t-il l’antienne du magnificat pendant la procession d’entrée. Frère Bruno, le prieur dont il fut le sous-prieur, disait de lui : « Un homme délicieux, mais les prévisions, ça n’était pas son style ».

En 1976, il cesse d’être curé pour devenir maître des novices, puis entre 1983 et 1989, il est prieur de l’abbaye. Apprécié en communauté pour sa gentillesse et sa délicatesse, il déploie ses talents d’écriture, compose les chansons des récréations communautaires, écrit des pièces de théâtre pour les jeunes, des contes de noël pour les veillées du 24 décembre. Frère Augustin joue un rôle important pendant l’abbatiat du Père Gildas.

En 1989, sous l’abbatiat du Père Pascal, il est envoyé au service de la fondation du Béarn, à laquelle il s’attachera beaucoup. Vicaire à Notre-Dame de Pau, il veille aussi à la formation des frères, et du petit essaim de sœurs. Ce sont pour lui des années actives et heureuses, il milite entre autre à l’ASTI locale (association de service à tous les immigrés). En 1994, il revient à Mondaye, pour être curé de la paroisse de Juaye-Mondaye, puis avec le réaménagement pastoral de 1997, curé de « Saint-Martin de la Seulles », une paroisse regroupant désormais 23 villages. Il circule beaucoup, mais l’organisation n’étant pas sa passion première, il laisse la charge en 1998. Il devient modestement « prêtre coopérateur », un ministère qu’il assume jusqu’en 2010.

Après quatre nouvelles années dans le Sud-Ouest (2010-2014) avec les frères de Notre-Dame de La Loubère à Tarbes, il rentre définitivement à Mondaye. Ses dernières années sont celles d’un priant, qu’on voit séjourner longuement dans la chapelle du cloître. Il lit ou relit des ouvrages de théologie qu’il avait aimés ou qu’il n’avait jamais eu le temps de lire. On le voit aussi marcher dans la campagne environnante, en des promenades qui raccourcissent petit à petit, mais qui font sa joie parce qu’il croise toujours quelqu’un avec qui échanger de bonnes paroles. Il décède à Mondaye le matin du 13 avril 2021, dix jours avant d’avoir accompli ses 90 ans. Il était dans la 62e année de sa profession religieuse, et la 59e de son sacerdoce.