Intention de prière ?

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Aujourd’hui, frère Gabriel tu vas engager toute ta vie par la promesse de la conversion, la vie commune, la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Es-tu fou ou bien es-tu un super héros ? Ni l’un ni l’autre, je crois. Mais ton engagement ne peut laisser indifférent, il pose une question cruciale : celle du sens. Que signifie cette vie où tu t’engages, est-ce une paroi verticale, une face nord, un champ de mines ? Est-ce au moins un chemin praticable, et où te mènera-t-il ? Je voudrais répondre à cette question en deux temps : souligner d’abord pourquoi cette question du sens est difficile aujourd’hui puis évoquer quelques éléments qui donnent sens à cet engagement à la suite du Seigneur.

Pour commencer, arrêtons-nous sur cette question, car elle me semble caractériser l’époque dans laquelle nous vivons. C’est peut-être la question par excellence, la question du sens, parce que le pourquoi de nos actes ne va plus de soi. Quelle en est la motivation profonde ? Je discutais récemment avec un dirigeant d’une entreprise importante dans le domaine de la production d’énergie et il me disait ceci : on a demandé aux dirigeants d’être des managers qui organisent les choses avec compétence et efficacité. Puis on leur a demandé d’être des leaders qui guident les salariés en leur donnant des objectifs clairs. Aujourd’hui on leur demande d’être des coachs qui aident chacun à trouver du sens à ce qu’il fait ! Signe des temps, un certain nombre de jeunes aujourd’hui ont du mal à trouver un sens à leur vie, à ce qu’ils font, à ce qu’ils veulent faire. Habitués à l’immédiateté d’un monde hyperconnecté, nous avons du mal à accepter que la réponse à cette question ne soit pas simplement théorique mais passe par un engagement pratique concret qui prend du temps. L’idéal est un horizon, il est nécessaire. Mais après, il faut accepter de nouer humblement ses chaussures, de mettre son sac sur le dos et de partir, simplement pour faire aujourd’hui l’étape de ce jour. C’est dans ce que Dieu me demande aujourd’hui que le sens de ma vie s’éclaire peu à peu. On dirait parfois que certains voudraient avoir atteint le sommet avant même d’avoir gravi les premiers dénivelés. Quand on s’interroge sur une vie professionnelle, une vie religieuse, une vie conjugale, il est bon d’avoir de grands idéaux, mais il est bon aussi de savoir que les idéaux ne font pas la vie à eux seuls, et que le sens se découvre progressivement, au fur et à mesure que l’on construit concrètement sa vie, en mettant en œuvre les engagements que l’on a pris. En ce sens, ta profession aujourd’hui est plus un point de départ qu’un point d’arrivée, demande le aux frères anciens qui fêtent aujourd’hui 60 ou 63 ans d’anniversaire de profession.

Une autre difficulté pour trouver le au sens de notre vie ne vient pas seulement du fait qu’il faille passe du rêve à l’actualité, de l’idéal à la pratique, mais aussi de la partie au tout. C’est avec tout son être qu’on peut trouver la réponse à la question du sens. Et cela implique d’abord de descendre de la tête au cœur. Peut-être d’ailleurs que les hommes ont plus de difficultés, en ce domaine, que les femmes. L’amour est la seule manière de se comprendre soi-même, de comprendre un autre être humain et de comprendre Dieu. Saint Jean, dans le passage de sa lettre que nous avons entendue, ne cesse de nous le dire et surtout de nous le répéter. Cette répétition même nous montre qu’il ne s’agit pas de se situer au niveau d’une idée, d’un concept, d’un raisonnement, car dans ce cas, il suffirait de le dire une fois, et nous l’aurions compris, mais saint Jean nous parle à un niveau beaucoup plus profond, qui engage toute notre personne, notre être humain dans toutes ses dimensions. C’est cela, le cœur, ou encore la vie. Non pas seulement l’émotion ou la sensation ou le raisonnement ou le concept, mais bien la rencontre de tout cela. Et c’est là qu’on peut donner un premier élément de réponse au sens de l’engagement d’aujourd’hui. L’engagement de la profession religieuse, qui se décline à travers ces différents aspects de conversion, de vie commune, de pauvreté, de chasteté, d’obéissance, a pour but de prendre en compte la personne humaine dans toutes ses dimensions, dans tout ce qui fait son être et sa vie. Pourquoi ? Parce que ce qui est premier, dans la vie religieuse, c’est la relation à Dieu, l’union à Dieu que nous cherchons pour lui-même. Suivre le Christ de près, tel est bien le but de la vie consacrée. Or cette recherche, nous ne la menons pas avec une partie de nous-même, mais bien avec notre être tout entier, dans toutes ses dimensions. Nous ne cherchons pas le Christ seulement dans les livres, ou seulement dans la prière, ou seulement dans la rencontre des autres, ou seulement dans la création, car autrement notre rencontre avec lui ne sera que partielle et finalement insatisfaisante. Une des principales difficultés à trouver ou à donner un sens à sa vie vient de notre division intérieure, de notre tendance à séparer ce qui doit en fait être relié. L’unité dont parle Jésus dans l’Evangile est inséparablement la communion avec Dieu, la relation entre nous, et l’unité en nous-même. L’énigme du sens de la vie ne peut trouver de solution sans la recherche de l’unité de sa vie. « La vie de l’esprit ne peut être que totale » disait le cardinal de Lubac. (Paradoxes)

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