Le dialogue auquel nous venons d'assister dans l'évangile de ce matin, entre Jésus et la foule, fait suite à la multiplication des pains, et c'est un dialogue très intéressant, d'un niveau très élevé. Que la foule d'abord, veuille savoir comment Jésus est arrivé si vite sur l'autre rive, peut nous faire sourire, car ils ont été paniqués d'avoir perdu la trace de cet homme qui multiplie les pains d'un seul geste de bénédiction: ce n'est pas le genre de prophète qu'il faut laisser filer.

Si bien que Jésus les reprend gentiment: Vous me cherchez parce que vous avez mangé de ces pains et que vous vous êtes rassasiés. Mais la chose très belle, c'est que lorsque Jésus ajoute: Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, ils comprennent très bien ce que dit le Seigneur, ils sont émus par ce qu'il dit là, et ils l'interrogent: Que devons-nous faire pour travailler aux oeuvres de Dieu? C'est une très belle question, et ce serait merveilleux que tous les chrétiens la posent, chacun leur tour, au Seigneur: Que dois-je faire, Seigneur, pour travailler aux oeuvres de Dieu. Jésus répond à cette question. Evidemment, il n'entre pas dans le détail, dans une liste impressionnante de choses à faire et de choses à ne pas faire. La religion de Jésus n'est pas un code civil, un code du travail, et encore moins un code pénal. Sa religion tient dans cette réponse: L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. Qu’est-ce que cela veut donc dire ? Eh bien, l'oeuvre de Dieu c'est que vous mettiez votre foi, votre confiance en Jésus. Vous arrêtez de vous occuper de vous-mêmes et de vos petites affaires, de compter sur vos seules forces et sur vos talents pour mener une vie de confort et de sécurité. Vous lâchez tout cela, et vous vous livrez au Seigneur. Vous laissez l'amour de Dieu remplir et guider votre vie.

En fait, c'est exactement ça, le "pain venu du ciel" qui fait l'objet du débat entre Jésus et la foule qui l'entoure: c'est le pain qui peut combler toute faim, c'est le pain que donne Jésus, le pain de vie qu'est Jésus lui-même Je suis le pain de vie. Toutes les autres nourritures nous laissent affamés

Maintenant, Jésus parle de "croire", est-ce que nous le croyons vraiment ? Nous approchons, dans chaque eucharistie, de ce "pain de vie", et nous le mangeons. Est-ce que nous croyons que nous prenons alors la nourriture qui fait vivre éternellement, la nourriture qui est une personne divine ? Cela reste, comme disait Maurice Bellet (c'est le titre d'un de ses livres sur l'eucharistie) la chose la plus étrange. L'eucharistie se mange et se boit, notre bouche s'ouvre pour entrer en contact avec notre Dieu: je dis "contact": manger, c'est le rapport physique le plus archaïque, le plus primitif, le plus vital, c'est le "stade oral" de la vie de l'esprit.

Et en même temps, au-delà de cet acte si primordial, si simple de manger, l'eucharistie ne cesse de me poser une question existentielle: de quoi as-tu faim, de qui as-tu faim, toi qui viens en procession à l'autel, tendre ta main, ouvrir ta bouche: de quoi as-tu faim vraiment?

Vous savez, au fond, ce qui est renversant, c'est que l'eucharistie ne nous renverse pas. Nous nous sommes habitués à ce rite incroyable, qui fait pourtant la différence chrétienne d'avec toutes les autres religions d'aujourd'hui: nous mangeons notre Dieu, comme il nous a dit de le faire. "Prenez et mangez, c'est mon corps".

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