L’abbaye de Mondaye était-elle trop loin du front, en 1914-1918, pour être concernée de près par la guerre ? Pas si sûr…

Odon Derbaix

Avant d’être un bel édifice de style classique construit sur une colline normande, Mondaye est d’abord, depuis 800 ans, un édifice de pierres vivantes. Ces pierres sont les chanoines réguliers de l’ordre de Prémontré qui se sont consacrés à Dieu sur l’autel de Mondaye. En principe, ces deux réalités (église et bâtiments conventuels, d’une part, communauté canoniale, d’autre part) n’en font qu’une. Néanmoins, à l’heure de la Première Guerre Mondiale, il convient de distinguer le sort de la communauté de celui du monastère.

La communauté pendant la Grande Guerre 

Suite à la loi du 9 juillet 1901, notre communauté se voit refuser en 1903 l’autorisation du gouvernement pour continuer à vivre et à travailler sur le territoire français. Mondaye doit s’exiler de France. Une fois de plus (après 1791 et 1880), voilà qu’il faut vendre Mondaye – pour éviter une nouvelle spoliation par l’État, qu’il faut chercher un lieu hospitalier pour vivre l’exil. L’abbaye est vendue à M. de Schneidauer qui s’engage, le jour dit d’un retour possible de la communauté, à rétrocéder sans indemnité (au prix d’achat) le monastère à ses occupants précédents.

Ainsi rassurés sur l’avenir, les religieux vont se fixer en Belgique. Deux wagons de mobilier sont chargés à la petite gare d’Audrieu, le 8 novembre 1903, et partent pour la Belgique. En vagues successives, les frères traversent la frontière. Dès le mois de décembre, la communauté s’installe dans le petit monastère de Bois-Seigneur-Isaac, fondé au début du xve siècle autour d’un miracle eucharistique : une parcelle d’hostie oubliée par mégarde sur un corporal avait saigné, plusieurs jours durant. C’est dans cette maison belge que la communauté vivra la guerre.

Jacques DeenL’année 1914 fut une année d’épreuves pour la communauté. Quand la guerre éclata, son Père abbé, parti prêcher une retraite chez les sœurs norbertines du Mesnil-Saint-Denis, ne put rentrer avant que la ligne de front ne mette un barrage infranchissable entre la France et la Belgique occupée. Il mourut au Mesnil-Saint-Denis en 1915. Le 30 septembre 1914 mourut notre jeune frère Benoît, sergent au 1er régiment de Zouaves, des suites de ses blessures sur le front. En 1916, ce sera le frère Pascal qui mourra des suites de ses blessures lors de la fameuse bataille de la Somme. Enfin, le 1er octobre 1918, ce sera le frère Grégoire qui sera touché au combat, alors qu’il soignait des blessés.

Pendant ce temps, à Bois-Seigneur-Isaac, un nouveau Père abbé a été élu : le P. Exupère Auvray. Celui-ci porta à bout de bras un couvent affaibli par le départ des frères mobilisés et par les restrictions d’un temps d’occupation ennemie. La maison fut cependant épargnée : les Allemands ne pénétrèrent dans le couvent que lors de leur retraite de débâcle en novembre 1918, trop pressés pour faire des dégâts significatifs. Le 11 novembre, les cloches du petit monastère, muettes depuis le début de l’invasion, carillonnèrent joyeusement pour annoncer à la fois la victoire et l’anniversaire de l’entrée dans la vie de saint Martin, patron de la lointaine et chère abbaye de Mondaye.

Aujourd'hui, à la suite de saint Martin et à l'exemple de nos pères, nous nous efforçons de partager particulièrement aux jeunes (par exemple à des chefs scouts, sur cette photo) le sens du don de soi dans l'amour et du sacrifice, le travail pour le Règne du Roi de la paix, l'amour de notre patrie ainsi que le désir du Ciel.P1020911 

L'abbaye pendant la Grande Guerre 

Par un curieux paradoxe, tandis que la nation belge offre, pendant ces périodes anticléricales, un asile paisible à la communauté de Mondaye, les murs mêmes de l’abbaye vont rendre la politesse à ces généreux hôtes. En effet, Mondaye, entre 1915 et 1919, est transformé en hôpital militaire belge ! Rappelons aussi, à cette occasion, que l’abbaye avait été restaurée en 1859 par les religieux prémontrés de Grimbergen, abbaye située en périphérie de Bruxelles.

Dès le début de la guerre, des troupes belges – qui arrivent en France par Cherbourg – sont casernées dans le Calvados. Au mois de juin 1915, l’autorité militaire belge choisit Mondaye comme hôpital. La spécialité de Mondaye fut de soigner les militaires atteints de maladies nerveuses contractées pendant les combats : les bombes, les tirs de toutes sortes, la vie terrible des tranchées occasionnait de nombreux traumatismes psychiques, on le comprend aisément.

On n’en sait pas beaucoup plus sur le fonctionnement de l’hôpital, mais les statistiques militaires sont précises : de son ouverture en 1915 à sa fermeture, le 3 janvier 1919, quelque 917 soldats ont été soignés à Mondaye, dont trois seulement sont décédés. Il est toujours possible de voir, à différents endroits de l'abbaye, des graffitis dans la pierre réalisés par ces soldats belges (photo ci-contre).P1020882

Lorsque les frères rentrent à l’abbaye après la Grande Guerre, ils trouvent une maison délabrée. D’abord inhabitée pendant 11 ans, puis adaptée aux fonctions d’un hôpital de temps de guerre, l’abbaye était méconnaissable. Le P. Jacques Deen, jusqu’à la fin de sa vie, témoignait de son découragement, en juillet 1921, lorsqu’il arriva aux côtés du P. Exupère Auvray, pour faire l’état des lieux : J’étais atterré. Je disais : il y en a pour deux ans à tout remettre en état.

Les débuts sont héroïques. Les premières semaines, l’abbaye est si sale qu’on ne peut même pas y dormir : on campe au presbytère. Le réfectoire doit être nettoyé et remeublé : les frères mangent provisoirement dans la cuisine, sur une longue planche appuyée à l’évier, assis sur des chaises de déménagement. Il faudra des années avant que l’abbaye soit vraiment vivable, et l’électrification ne sera faite qu’en 1930.

 

Certaines dégradations engendrées par la Grande Guerre sont encore visibles aujourd'hui dans notre maison. À celles-ci sont venues s’ajouter les dégâts des combats de juin 1944. Voilà pourquoi, nous continuons à restaurer notre abbaye grâce à la générosité de nos bienfaiteurs (en savoir plus).

 

 

Cet article doit largement à : DAUZET Dominique-Marie, « La renaissance de Mondaye. 1859-2009 », Le Courrier de Mondaye, Numéro hors-série, Mai 2009.

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