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Jour précédentMercredi, 15 février 2012Jour suivant

Gommaire Crets - Averbode (B)

Né à Broechem le 5 novembre 1858, Joseph Crets entra à l’abbaye d’Averbode, où il reçut l’habit blanc et le nom de Gommaire le 11 octobre 1878. Il fut ordonné prêtre le 3 juin 1882 à Malines. Il conquit ses grades à l’université de Louvain : maître et docteur en théologie en 1886. Rentré à l’abbaye, il devint professeur de théologie, et au début de 1887, circateur de la maison. Quatre mois plus tard, l’abbé décéda et la communauté choisit Gommaire Crets pour lui succéder. Il avait vingt-huit ans. Devenu l’abbé d’une modeste abbaye, il fut avant tout le père spirituel de sa petite communauté. Il attachait la plus grande importance à la célébration de l’office divin, qu’il voulait régulière, soignée, voire pompeuse aux jours de fête majeure. C’était un homme d’une profonde piété. Tant dans sa propre vie spirituelle que dans celle de la communauté, il se montra fidèle aux traditions religieuses et sacerdotales. Sa présence au choeur était la règle, excepté pour les complies, parce qu’il voulait rencontrer les frères qui revenaient de leur travail apostolique. Fréquemment il rendait visite au Saint-Sacrement, et le chemin de croix lui était familier. Chaque jour, tard dans l’après-midi, il se promenait dans la drève ou derrière la demeure abbatiale en égrenant son chapelet. En vrai fils de saint Norbert, il promut le culte de l’Eucharistie et la dévotion mariale. Ami des observances, il se montrait intransigeant quant au silence dans les lieux réguliers. Dès que lui-même entrait dans la clôture, il était en récollection et passait les mains sous le scapulaire. Il empêchait aussi les religieux de pénétrer dans les cellules de leurs confrères. Aimable envers tous, il appliquait l’art de l’accueil d’une manière joviale. Il sympathisait avec les prêtres séculiers, et les laïcs trouvaient aussi en lui un guide spirituel, car il inspirait confiance. Les religieux extra-conventuels, lors de leurs visites à l’abbaye, étaient reçus comme des frères. Inviter l’abbé chez eux leur procurait un véritable bonheur. Bref, l’abbé Crets était un chef, et un chef sympathique.

Selon sa devise, Pietate et scientia, il veillait à la qualité intellectuelle de la communauté. Il envoyait ainsi de nombreux frères aux universités de Louvain ou de Rome pour se former en théologie, philosophie, droit canon et aussi en sciences historiques.

Quand il devint abbé, cinquante ans seulement avaient passé depuis le retour des religieux à Averbode, après le désastre de la Révolution française. Les édifices en ruines n’étaient qu’à moitié restaurés. Avec compétence et bon goût, Gommaire Crets reconstruisit et embellit son abbaye. Le nombre des religieux augmenta considérablement. De 38 en 1887, il étaient 190 en 1930. L’abbé fit alors construire une nouvelle aile pour héberger dignement tant de nouveaux frères.

Lorsqu’il prit sa charge, il avait pu se féliciter de posséder une communauté vraiment dynamique et engagée. L’archiconfrérie de Notre-Dame du Sacré-Cœur, notamment, avait pris un envol étonnant. Les prémontrés d’Averbode avaient commencé à publier une revue : Le messager de N. D. du Sacré-Cœur et installé une petite imprimerie. L’abbé Gommaire encouragea leur apostolat. Après la guerre de 1914-1918, trois religieux suscitèrent la « Croisade Eucharistique » qui se propagea dans toutes les paroisses, soufflant un renouveau chrétien dans le pays. A la demande du pape Léon XIII, l’abbaye accepta d’envoyer des religieux au Brésil. Les premiers prémontrés partirent en 1896. Ils fondèrent plusieurs collèges et un petit-séminaire. Cet esprit missionnaire amena de nombreuses vocations à Averbode. En 1903, Mgr von Euch, vicaire apostolique du Danemark demanda au père abbé des prêtres pour son district. L’un d’eux, frère Ludolphe Brems, devint en 1922 évêque de Roskilde. Lors  du retour des prémontrés de Mondaye en 1921 dans leur abbaye normande, l’abbé Crets, accepta de prendre en charge l’abbaye de Bois-Seigneur-Isaac. De même, à la demande de son ami le cardinal Van Roey, il fonda un collège à Brasschaat. Cette œuvre, commencée en 1931, connut une expansion rapide.

Gommaire Crets a rendu aussi de grands services à l’ordre de Prémontré. En 1899, il devint Visiteur, et en 1897, Vicaire de l’abbé général pour la circarie du Brabant. Il donna son soutien à la réédition, en 1899, des Statuts de 1630, ainsi qu’à l’édition des livres liturgiques prémontrés : bréviaire du choeur, graduel, antiphonaire, processionnal. Il fut élu abbé général en 1922, mais demanda la permission de rester abbé de son abbaye. Comme il est écrit d’un de ses grands prédécesseurs à Averbode, Matthias Valentijns, Gommaire Crets fut Vir viriliter vir, pater paterne pater, non seulement pour les religieux de sa maison mais aussi pour les abbés des autres abbayes. Tous pouvaient compter sur lui : il était l’homme sage. Son grand souci était de tenir l’Ordre bien uni et sur la bonne route. Sous son généralat fut reconnu, en 1927, le culte immémorial du premier abbé de Prémontré, Hugues de Fosses.

En 1937, le P. Crets demanda d’être déchargé du généralat. En 1940, il réclama un coadjuteur, et démissionna de la charge d’abbé d’Averbode en 1942. Il avait été supérieur chez lui pendant cinquante-cinq ans et dans l’Ordre seize ans. En décembre 1942, toute l’abbaye fut ravagée par un incendie. Les travaux de restauration de cinquante années, les embellissements, tout périt dans les flammes, et lorsque mourut Mgr Crets, le 15 février 1944, le cortège funèbre passa devant les ruines du quartier abbatial, où il avait résidé pendant un demi-siècle. Tous ceux qui l’ont connu ont conservé de l’abbé Gommaire Crets le souvenir d’un prémontré authentique et d’un père dévoué et attachant.

Pl. Lefèvre, Averbode Praemonstratensia, 1969, D. De Clerck, E. Gisquière, Oratio funebris in abbatem Crets

Guillaume Cools - Tongerlo (B)

Né à Geel, le 7 septembre 1743, Guillaume fit profession à l’abbaye de Tongerlo en 1765. Promu bachelier à l’université de Louvain, il fut chargé de l’enseignement de la théologie dans son abbaye en 1772. Par la suite, en 1781, il fut placé comme confesseur à Duffel, lieu de pèlerinage marial très fréquenté. Il devint enfin curé à Duizel en 1791.

Homme de science, Guillaume s’adonnait aux disciplines tant profanes que spirituelles et partageait bien volontiers ses connaissances avec d’autres. Alors que les années qui suivirent la Révolution rendaient dures les conditions de vie et rares les possibilités d’enseignement, il accueillit à ses frais, dans son presbytère, des jeunes gens qui se préparaient au sacerdoce. Son enseignement ne contribuait pas seulement à la formation des futurs prêtres, mais aussi à celle d’hommes de science.  Après une vie fructueuse, il mourut le 15 février 1827.

Nécrol. Tongerlo 33.

Michel de Ghiers - Dommartin (F-Pas-de-Calais)

Né à Gand, vers 1540, il entra à l’abbaye de Tronchiennes où il fit profession en 1570. Il rejoignait l’abbaye de Vicoigne quand les hérétiques expulsèrent les religieux de leur abbaye. En 1579, à Paris, il fut chargé par l’abbé général Despruetz de donner des cours de théologie à Dommartin. Il y devint abbé en 1582. Cette abbaye, située en Artois, dépendait des Flandres espagnoles. Henri III, roi de France, ayant déclaré l’abbaye de Dommartin terre de France, Michel de Ghiers s’y opposa et fut chassé de cette maison. Plus tard, en échange d’une somme d’argent, il put regagner son abbaye qu’il gouverna paisiblement. Une paralysie l’emporta le 15 février 1604 à l’âge de 65 ans. On lui doit un De viris ex Ordine Praemonstratensi sanctitate illustribus et une traduction du Martyrologe romain en français. Il a également composé les Selectae sanctorum vitae, ex originali fonte petitae.

Goovaerts I 307 Hugo I 628, Lienhardt 36

Milon - Thérouanne (F-Pas-de-Calais)

Fils de Pierre et Emma - que l’on croit la soeur de Dreux, Seigneur de Sélincourt en Picardie - Milon est né vers 1180. Il étudia à l’école capitulaire d’Amiens, peut-être aussi à Laon, et devint curé de Verchin vers 1113. En 1120, il résolut de se donner à la réforme du clergé en se faisant chanoine régulier. Il s’associa à l’ermitage de Saint-Josse-au-Bois. La fondation connut des débuts difficiles. Ce groupe fondit un prieuré à Amiens, à Sélincourt, puis à Saint-André-au-Bois. En 1130 reçut la charge de l’évêché de Thérouanne. Il fit alors agréger ses fondations à l’ordre de Prémontré et devint lui-même prémontré. Il érigea de nouveau, en 1131, l’ancienne abbaye de Thérouanne, dévastée au IXème siècle par les Normands, et la plaça sous le patronage de saint Augustin de Cantorbéry : il la peupla avec des prémontrés venus de Sélincourt. L’année suivante, il fit revivre le chapitre de Licques, y installant des prémontrés de Saint-Martin de Laon. Quant aux chanoines réguliers de Saint-Nicolas, ils rallièrent l’Ordre à son instigation, en 1135, et Milon les plaça sous la paternité de l’abbaye de Grimberghen.

Milon ne fut pas un écrivain, mais un homme d’action. Son épiscopat fut l’un des plus prestigieux de l’histoire de l’Eglise de France. Les historiens parlent de lui comme d’un clerc de tout premier plan, célèbre par son humilité et sa science. Milon aurait voulu réformer l’abbaye de Saint-Bertin, de l’ordre de Saint Benoît,  dont Cluny voulait s’emparer. Une dispute s’ensuivit, en 1139, entre Milon et Pierre le Vénérable, qui l’accusait de dénigrer l’ordre monastique. I

Homme de prière, Milon se rendait régulièrement à l’abbaye Saint-Augustin de sa ville épiscopale pour s’adonner à la prière et à la contemplation. Il mourut sereinement le 16 juillet 1158, à l’âge de 78 ans.

Le 2 avril suivant, une femme aveugle de Thérouanne vit apparaître en songe la Vierge Marie qui lui conseilla d’aller prier au tombeau de Milon. Elle revit la Sainte Vierge accompagnée de Milon qui lui toucha les yeux. A son réveil, elle avait recouvré la vue. Ce miracle était si patent, tellement la femme était connue de toute la ville, que le clergé ne put refuser de chanter le Te Deum. Il demeure un dicton qui dit : En Bernard excellait la charité, en Norbert la foi, en Milon l'humilité.

An. Praem. (1972) 72-93 (Petit), Ardura A 221, Goovaerts I 590 Handgrätinger 53-54 (16.7), Le Paige 459-461 Lienhardt 201, Van Craeywinckel I 526 Van der Sterre 30, Van Spilbeeck 16.

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